À lire en premier. Si une personne est en danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. En cas de violence en cours, d’arme, de menace grave ou de danger pour autrui, appelez le 17. Pour un risque suicidaire, contactez le 3114 et appelez le 15 ou le 112 si le danger est imminent. Ne restez pas seul face à une situation dangereuse.
Face à une urgence psychiatrique, il est normal de se sentir démuni. Une personne peut parler de suicide, être très agitée, confuse, délirante, sous l’effet de substances, ou sembler perdre le contrôle. Votre rôle n’est pas de poser un diagnostic ni de “raisonner” la personne à tout prix. Les priorités sont plus simples : assurer la sécurité, garder autant que possible un climat calme, appeler les bons interlocuteurs et accompagner jusqu’à l’aide adaptée.
Cet article donne des repères pratiques pour réagir. Il ne remplace pas un avis médical, les secours, ni une formation de premiers secours en santé mentale.
Urgence psychiatrique : de quoi parle-t-on exactement ?
Une urgence psychiatrique est une situation où l’état psychique d’une personne nécessite une évaluation rapide, parce qu’il existe un risque pour elle-même, pour autrui, ou une souffrance intense impossible à contenir dans le cadre habituel.
Elle peut prendre des formes très différentes : propos suicidaires, tentative de suicide, automutilation grave, agitation extrême, menaces, confusion, désorientation, hallucinations très envahissantes, idées délirantes, comportement très inhabituel, absence de sommeil ou d’alimentation avec mise en danger, ou crise liée à l’alcool, aux drogues ou à des médicaments.
Il est important de distinguer la détresse psychique, la crise psychique et l’urgence. Une personne peut aller très mal sans qu’il y ait un danger immédiat. Mais si la situation évolue vite, si vous avez peur, si la personne se met en danger ou si vous ne savez plus comment sécuriser les lieux, il faut demander de l’aide. Pour mieux reconnaître une personne en crise psychique, il est utile d’observer les changements par rapport à son état habituel, sans chercher à poser soi-même un diagnostic.
Il y a urgence dès qu’un risque pour la personne ou pour autrui est possible, ou dès que vous ne vous sentez plus capable d’assurer la sécurité.
Idée reçue. Une urgence psychiatrique ne veut pas dire automatiquement violence. Beaucoup d’urgences concernent la détresse, le suicide, la confusion, l’angoisse extrême ou une désorganisation importante. Associer systématiquement troubles psychiques et dangerosité est stigmatisant et inexact.
Les signes qui doivent faire appeler les secours sans attendre
Il ne faut pas attendre d’être certain. Mieux vaut appeler trop tôt que trop tard, surtout si la situation évolue ou si l’entourage ne peut plus assurer la sécurité.
Appelez immédiatement les secours si :
- la personne parle de se tuer, a un plan, un moyen disponible ou vient de faire une tentative ;
- elle menace quelqu’un, semble perdre le contrôle ou détruit des objets ;
- elle est très agitée, impossible à apaiser, ou l’entourage a peur ;
- elle paraît confuse, désorientée, incohérente, délirante ou hallucinée ;
- elle a consommé de l’alcool, des drogues ou des médicaments et son état inquiète ;
- elle refuse toute aide alors que la situation s’aggrave ;
- des armes, médicaments ou objets dangereux sont accessibles ;
- vous ne pouvez plus rester en sécurité auprès d’elle.
Erreur fréquente : attendre d’être sûr. Vous n’avez pas besoin de savoir si la situation relève “vraiment” d’une urgence psychiatrique pour appeler. Le doute fait partie des raisons de contacter le 15 ou le 112 : un professionnel pourra évaluer, conseiller et orienter.
Qui appeler en cas d’urgence psychiatrique ?
En France, plusieurs numéros peuvent être utiles selon la situation :
- 15 — SAMU : urgence médicale, risque suicidaire, état psychiatrique inquiétant, besoin d’une évaluation médicale.
- 112 — numéro d’urgence européen : si vous ne savez pas quel service appeler, ou depuis un téléphone mobile.
- 18 — pompiers : secours à personne, danger immédiat, besoin d’intervention rapide.
- 17 — police ou gendarmerie : violence en cours, arme, menace grave, danger pour autrui ou impossibilité d’intervenir en sécurité.
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, pour les idées suicidaires, l’inquiétude pour un proche ou un besoin d’aide spécialisée autour du suicide. Le site du 3114 rappelle aussi les ressources disponibles pour les personnes concernées et leur entourage.
Si la personne est déjà suivie, vous pouvez aussi contacter son psychiatre, son médecin traitant, son CMP, une équipe mobile ou un service de crise si un dispositif existe localement. Hors danger immédiat, ces interlocuteurs peuvent aider à organiser un suivi ou une consultation. Pour mieux comprendre les professionnels vers qui orienter la personne, il est utile de distinguer l’urgence, le soin régulier et les ressources d’accompagnement.
Si la personne n’a aucun suivi et que la situation est urgente, commencez par le 15 ou le 112. L’offre varie selon les territoires : CMP, centres de crise, urgences psychiatriques, équipes mobiles ou urgences hospitalières. Psycom propose également des repères fiables sur les urgences psychiatriques.
Si vous hésitez, appelez quand même
Le régulateur médical écoute votre description, pose des questions et décide de l’orientation la plus adaptée. Appeler ne signifie pas automatiquement hospitalisation. Cela permet surtout de ne pas porter seul une responsabilité trop lourde, et d’obtenir un avis professionnel au bon moment.
Que faire immédiatement en attendant de l’aide ?
Avant d’aider, mettez-vous en sécurité. Vous ne pourrez pas soutenir quelqu’un si vous êtes vous-même en danger.
Les cinq réflexes à retenir :
- Se mettre en sécurité.
- Réduire les stimulations.
- Parler calmement, une personne à la fois.
- Éloigner les objets dangereux si c’est possible sans risque.
- Appeler l’aide adaptée.
Concrètement, baissez le bruit, éteignez la télévision ou la musique, éloignez les curieux, évitez qu’un groupe entoure la personne. Si possible, une seule personne parle. Gardez une distance suffisante, ne bloquez pas la personne dans un coin, évitez les gestes brusques. Retirez discrètement les objets dangereux seulement si vous pouvez le faire sans vous exposer.
Parlez lentement, avec des phrases courtes. Demandez ce dont la personne a besoin immédiatement, sans promettre ce que vous ne pouvez pas tenir. En cas de risque suicidaire, ne laissez pas la personne seule si cela peut être fait sans danger, éloignez les moyens létaux si possible, et appelez les secours ou le 3114 selon le niveau d’urgence.
Informations utiles à donner au SAMU ou aux secours. Où êtes-vous ? Qui est concerné ? Que se passe-t-il concrètement ? Depuis quand ? Y a-t-il un risque suicidaire, une arme, des médicaments, une consommation d’alcool ou de drogues ? La personne est-elle suivie ? Quels traitements sont connus ? Qui est présent sur place ?
Comment parler à une personne en crise psychiatrique ?
La façon de parler peut apaiser ou aggraver la situation. Essayez d’adopter un ton bas, calme et respectueux. Si la personne ne vous reconnaît pas, présentez-vous simplement. Dites ce que vous faites avant de le faire : “Je vais appeler de l’aide”, “Je vais m’éloigner un peu”, “Je vais ouvrir la porte pour qu’on respire mieux”.
Reconnaissez l’émotion sans forcément valider le contenu de ses idées. Par exemple, vous pouvez dire : “Je vois que tu as très peur” plutôt que “Oui, tu es réellement menacé”. Ne vous moquez pas, ne débattez pas frontalement d’une hallucination ou d’une croyance délirante. L’objectif n’est pas d’avoir raison, mais de réduire la tension et de permettre l’accès à l’aide.
Vous pouvez poser des questions simples : “Est-ce que tu te sens en danger ?”, “As-tu envie de te faire du mal ?”, “As-tu pris quelque chose ?”, “Qui peut-on appeler avec toi ?”. Laissez du temps pour répondre.
Les phrases à privilégier
- “Je suis là avec toi, on va chercher de l’aide.”
- “Je vois que c’est très difficile en ce moment.”
- “Est-ce que tu peux me dire ce qui te ferait te sentir un peu plus en sécurité maintenant ?”
- “On peut appeler le 15 ensemble, ou je peux le faire pendant que tu restes près de moi.”
- “Je ne vais pas te juger, mais je ne peux pas garder ça pour moi si ta sécurité est en jeu.”
Les phrases à éviter
- “Tu es fou” ou “Tu es folle”.
- “Arrête ton cinéma.”
- “Calme-toi” dit sur un ton sec ou autoritaire.
- “Si tu continues, j’appelle la police” utilisé comme menace.
- “Tu n’as aucune raison d’être comme ça.”
- “Promets-moi que tu ne diras rien à personne.”
À éviter absolument. Crier, humilier, menacer, toucher brusquement, bloquer la sortie, se moquer, débattre avec des idées délirantes ou tenter une contention physique sans être formé et sans nécessité vitale immédiate peut augmenter le danger.
Savoir écouter, poser des questions utiles et orienter sans paniquer s’apprend. Les Premiers Secours en Santé Mentale permettent notamment de travailler ces repères, sans transformer le secouriste en psychologue, psychiatre ou soignant.
Adapter sa réaction selon la situation
Si la personne parle de suicide ou semble en danger de passage à l’acte
Prenez tout propos suicidaire au sérieux. Demander directement si la personne pense à se suicider ne “donne pas l’idée” : cela peut au contraire ouvrir un espace de parole et permettre d’évaluer le danger. Demandez si elle a un plan, un moyen disponible, une intention immédiate.
Ne promettez pas de garder le secret. Restez avec elle si vous pouvez le faire sans danger. Appelez le 15 ou le 112 en cas de danger immédiat, et le 3114 pour un conseil spécialisé autour du suicide. Pour approfondir ce cas spécifique, vous pouvez consulter des repères pour réagir face à une crise suicidaire, sans attendre si la situation est urgente.
Si la personne est très agitée, menaçante ou violente
La sécurité est prioritaire. Gardez une distance, ne touchez pas la personne, ne bloquez pas son passage et ne cherchez pas le rapport de force. Éloignez les autres personnes si possible. Appelez le 15 ou le 112. Appelez le 17 s’il y a violence, arme, menace grave ou danger immédiat pour autrui.
Ne tentez pas de maîtriser physiquement la personne. Cela peut vous mettre en danger et aggraver l’escalade.
Si la personne semble confuse, délirante ou hallucine
Ne vous moquez pas et ne contredisez pas frontalement. Ce que la personne vit peut être très effrayant pour elle. Parlez doucement, réduisez les stimulations et demandez, si elle peut répondre, si cela lui est déjà arrivé, si elle a un suivi, un traitement connu ou une personne ressource.
Si la désorganisation est importante, s’il existe un danger, ou si la confusion est brutale, appelez une aide médicale. Une confusion soudaine peut aussi relever d’une urgence médicale non psychiatrique. Pour des repères plus ciblés, vous pouvez lire comment aider une personne en crise psychotique, tout en gardant la priorité à l’appel aux secours si le risque est présent.
Si alcool, drogues ou médicaments sont en cause
Ne supposez pas que “ça passera”. Une consommation peut entraîner ou aggraver une confusion, une agitation, une désinhibition suicidaire, une perte de conscience ou une intoxication. Appelez le 15 ou le 112 si l’état psychique ou physique inquiète, en particulier en cas de propos suicidaires, agitation extrême, confusion ou somnolence inhabituelle.
Donnez aux secours les informations disponibles : produits consommés, quantités supposées, heure de prise, traitements connus. Pour approfondir ce type de situation, des repères existent pour réagir face à une intoxication liée à l’alcool ou aux drogues.
Si la personne refuse l’aide : que peut-on faire ?
Le refus d’aide est fréquent. Il faut distinguer un refus sans danger immédiat d’un refus alors que le risque augmente.
S’il n’y a pas de danger immédiat, proposez un choix plutôt qu’un ordre : appeler le médecin traitant, contacter le psychiatre, se rendre au CMP, prévenir un proche de confiance. Essayez de rester en lien, sans harceler ni menacer.
En revanche, si la personne se met en danger, menace quelqu’un, parle de suicide, devient très confuse ou si l’entourage ne peut plus sécuriser la situation, n’attendez pas qu’elle accepte. Appelez le 15 ou le 112 et décrivez les faits de manière concrète.
Dans certains cas strictement encadrés par la loi, des soins psychiatriques sans consentement peuvent être décidés. Ce n’est pas l’entourage qui décide seul. Les médecins et autorités compétentes évaluent la situation. Le cadre légal peut prévoir une période d’observation et de soins pouvant aller jusqu’à 72 heures, notamment pour permettre une évaluation psychiatrique.
Que se passe-t-il après l’appel aux urgences ou à l’arrivée à l’hôpital ?
Le régulateur ou les secours cherchent d’abord à comprendre le niveau de danger, l’état médical, le risque suicidaire, l’agitation, le besoin éventuel de transport et le lieu le plus adapté.
Aux urgences, la personne peut bénéficier d’une évaluation médicale et psychiatrique, d’une sécurisation, parfois d’un temps d’observation, puis d’une orientation : retour avec suivi, hospitalisation, consultation spécialisée ou transfert vers un service adapté. Les proches peuvent être sollicités pour donner des informations utiles.
La confidentialité existe, mais la sécurité prime lorsque le risque est important. L’objectif n’est pas de punir ou “d’enfermer” la personne, mais d’évaluer, protéger et organiser les soins. Les délais et les dispositifs peuvent varier selon les territoires.
Après la crise : prévenir une nouvelle urgence
Après une urgence, il est important de ne pas rester seul avec ce qui s’est passé. Reprendre contact avec les soins, organiser un suivi, identifier les signes précoces, noter les personnes ressources et garder les numéros utiles peut aider à anticiper. Si la personne concernée est d’accord, un plan de crise peut être préparé avec les professionnels qui la suivent.
Les proches aussi peuvent avoir besoin de soutien. Une urgence psychiatrique peut être éprouvante, même lorsque l’issue est favorable.
Dans les entreprises, écoles, associations ou collectivités, il est utile de savoir à l’avance qui appeler, comment sécuriser les lieux, qui prévient les secours et qui accompagne les personnes présentes. Former des personnes ressources peut réduire l’improvisation.
Les PSSM permettent d’apprendre à repérer des signes, écouter sans juger, apporter un premier soutien, encourager le recours à une aide adaptée et connaître les limites de son rôle. Vous pouvez se former aux Premiers Secours en Santé Mentale pour acquérir des repères plus solides. Cette formation ne remplace ni les secours ni les professionnels de santé, mais elle aide à mieux réagir face à une personne en détresse.
Questions fréquentes sur l’urgence psychiatrique
Quelle est la différence entre une crise psychique et une urgence psychiatrique ?
Une crise psychique est un moment de détresse ou de désorganisation. Elle devient une urgence psychiatrique lorsqu’une évaluation rapide est nécessaire en raison d’un risque pour la personne, pour autrui, ou d’une souffrance intense impossible à contenir. Il ne faut pas chercher à diagnostiquer soi-même.
Qui appeler en premier en cas d’urgence psychiatrique ?
En cas de danger ou de doute sérieux, appelez le 15 ou le 112. Le 18 peut être appelé pour un secours à personne. Le 17 concerne les situations de violence, menace grave, arme ou danger pour autrui. Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide.
Que faire si une personne suicidaire refuse d’aller aux urgences ?
Ne minimisez pas et ne promettez pas le secret. Restez avec elle si cela peut se faire sans danger. Appelez le 15 ou le 112 si le danger est immédiat, et le 3114 pour obtenir un conseil spécialisé. Vous pouvez aussi solliciter un proche ou un professionnel déjà impliqué.
Peut-on faire hospitaliser quelqu’un sans son accord ?
Dans certains cas encadrés par la loi, des soins sans consentement peuvent être décidés. Ce n’est pas l’entourage qui décide seul. En cas de danger ou de refus d’aide inquiétant, appelez le 15 ou le 112 pour une évaluation.
Faut-il appeler la police en cas de crise psychiatrique ?
Pas systématiquement. Une urgence de santé relève d’abord des secours médicaux. Appelez le 17 s’il y a violence, menace grave, arme, danger immédiat pour autrui ou impossibilité de sécuriser la situation.
À retenir
Face à une urgence psychiatrique, la priorité est la sécurité. Appelez les secours dès qu’il existe un danger ou un doute sérieux. Restez aussi calme que possible, réduisez les stimulations, parlez simplement et ne gérez pas seul une situation dangereuse.
Se former aux Premiers Secours en Santé Mentale peut aider à se sentir moins démuni face à une détresse psychique. Mais en situation d’urgence, les numéros essentiels restent le 15, le 112, le 18, le 17 et le 3114 en cas de risque suicidaire.
Article mis à jour le 18 avril 2026.