Que faire face à une crise suicidaire ?

Face à une crise suicidaire, la priorité est de ne pas rester seul avec la situation. Si une personne est en danger immédiat, si un passage à l’acte est en cours ou semble imminent, appelez le 15 ou le 112. Si vous ne pouvez pas parler, ou pour les personnes sourdes ou malentendantes, le 114 par SMS permet de contacter les secours.

Si vous avez des idées suicidaires, ou si vous êtes inquiet pour un proche sans savoir quoi faire, contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide. L’appel est gratuit, confidentiel, disponible 24h/24 et 7j/7, et assuré par des professionnels de soin formés à la prévention du suicide.

Une crise suicidaire peut évoluer rapidement. Elle doit toujours être prise au sérieux. Mais elle peut aussi diminuer avec une aide adaptée, une présence humaine et une orientation vers les bons relais. Cet article donne des repères concrets pour sécuriser, parler, demander de l’aide et accompagner, sans remplacer les secours ni les professionnels de santé.

Si la situation est urgente :

  • Danger immédiat, passage à l’acte en cours ou imminent : appelez le 15 ou le 112.
  • Impossible de parler ou handicap auditif : contactez le 114 par SMS.
  • Idées suicidaires, inquiétude pour soi ou un proche : appelez le 3114.
  • Ne laissez pas seule une personne en danger.
  • En cas de doute, appelez. Il vaut mieux demander de l’aide trop tôt que trop tard.

En cas de danger immédiat : les gestes à faire tout de suite

Si la personne a déjà commencé à se mettre en danger, menace de le faire très prochainement, dispose d’un moyen accessible ou refuse toute aide alors que vous êtes inquiet, appelez immédiatement le 15 ou le 112. Si cela est possible sans vous mettre en danger, accompagnez-la aux urgences sans délai.

Dans l’attente des secours, ne laissez pas la personne seule. Restez près d’elle, dans un lieu aussi calme et sûr que possible. Demandez de l’aide à une autre personne présente ou joignable : un proche, un voisin, un collègue, un responsable, un adulte de confiance. Vous n’avez pas à porter cette responsabilité seul.

Sans entrer dans le détail des moyens de passage à l’acte, essayez de réduire l’accès aux dangers immédiats si vous pouvez le faire simplement et sans confrontation. L’objectif n’est pas de “surveiller” seul pendant des heures, mais de gagner du temps et de mobiliser les secours.

Si la personne exprime des idées suicidaires mais qu’il n’y a pas de danger immédiat identifié, appelez le 3114. Vous pouvez le faire pour vous-même, pour un proche, en tant que professionnel, ou simplement parce que vous êtes inquiet et que vous ne savez pas comment réagir.

Face à une personne suicidaire, gardez en tête 5 priorités :

  • prendre ses propos au sérieux ;
  • rester avec elle si elle est en danger ;
  • poser clairement la question du suicide ;
  • appeler le 3114, le 15 ou le 112 selon l’urgence ;
  • mobiliser un relais fiable.

Comprendre ce qu’est une crise suicidaire

Une crise suicidaire est une période de souffrance psychique intense où la personne peut voir le suicide comme une issue possible à une douleur devenue insupportable. La Haute Autorité de Santé la décrit comme une crise psychique dont le risque majeur est le suicide.

Il ne s’agit pas toujours d’une volonté stable de mourir. Très souvent, la personne est ambivalente : elle veut que la souffrance cesse, ne voit plus d’autre solution, mais une part d’elle peut encore chercher de l’aide. C’est précisément pour cela qu’une intervention humaine, même simple, peut compter.

Une crise suicidaire est évolutive. Les idées peuvent devenir plus envahissantes, l’urgence peut augmenter, mais l’aide peut aussi faire redescendre la crise. Pour mieux situer ce type de situation parmi d’autres formes de détresse, il peut être utile de savoir reconnaître une personne en crise psychique, sans prétendre prévoir parfaitement ce qui va se passer.

La crise suicidaire peut concerner un adulte, un adolescent, une personne âgée, une personne déjà suivie ou non. Elle peut aussi toucher quelqu’un qui, de l’extérieur, ne “donne pas l’impression” d’aller si mal. C’est pourquoi les propos suicidaires ne doivent jamais être banalisés.

Reconnaître les signes qui doivent alerter

Certains signes sont directs : “Je veux mourir”, “Je vais me suicider”, “Je ne serai bientôt plus là”. D’autres sont plus indirects : “Vous serez mieux sans moi”, “Je suis un poids”, “Je ne vois plus d’issue”, “Je veux que tout s’arrête”. Même formulées de manière vague, ces phrases méritent une réponse sérieuse.

Des changements de comportement peuvent aussi alerter : isolement soudain, retrait social, agitation inhabituelle, comportements à risque, consommation accrue d’alcool ou de substances, mise en ordre de certaines affaires, ou encore apaisement brutal après une période très sombre. Aucun signe isolé ne permet de conclure à lui seul, mais l’ensemble doit inciter à demander de l’aide.

Sur le plan émotionnel, un désespoir marqué, une honte intense, un sentiment d’impasse, une anxiété majeure ou une douleur morale envahissante doivent être pris au sérieux. Certains contextes augmentent aussi la vulnérabilité : rupture, deuil, humiliation, licenciement, échec, violences, harcèlement, isolement, trouble psychique connu, antécédent de tentative de suicide, sortie d’hospitalisation ou période de transition.

Chez un enfant ou un adolescent, il ne faut jamais banaliser des propos suicidaires. Il est nécessaire d’impliquer rapidement un adulte responsable et un professionnel. Si un danger est identifié, l’orientation vers les urgences ou l’appel au 15 ou au 112 s’impose.

Comment parler à une personne qui pense au suicide

Choisissez, si possible, un endroit calme et sûr. Parlez avec une attitude présente, non jugeante et respectueuse. Il n’est pas nécessaire d’avoir les mots parfaits. Ce qui compte d’abord, c’est de ne pas fuir, de ne pas minimiser et de montrer que vous prenez la souffrance au sérieux.

Vous pouvez poser des questions directes, avec délicatesse : “Est-ce que tu penses à te suicider ?”, “Est-ce que tu as peur de passer à l’acte ?”, “Est-ce que tu es en danger maintenant ?” Demander directement à quelqu’un s’il pense au suicide n’incite pas au passage à l’acte. Cela peut au contraire ouvrir une porte vers l’aide et rompre l’isolement.

Écoutez davantage que vous ne parlez. Laissez la personne dire ce qu’elle peut dire, même si c’est difficile à entendre. Pour approfondir cette posture, vous pouvez apprendre à écouter activement une personne en souffrance, tout en gardant à l’esprit qu’une écoute attentive ne suffit pas à sécuriser une crise suicidaire.

Validez la souffrance sans valider le passage à l’acte. Par exemple : “Je comprends que tu sois à bout, et je ne veux pas que tu restes seul avec ça.” Vous pouvez proposer d’appeler ensemble le 3114, ou les secours si le danger est immédiat.

Si vous êtes vous-même en crise, essayez de dire à quelqu’un : “Je ne suis pas en sécurité seul maintenant.” Appelez le 3114, ou le 15/112 si le danger est immédiat. Rejoignez un lieu où il y a d’autres personnes, ou demandez à quelqu’un de venir.

Ce qu’il vaut mieux éviter de dire

Certaines phrases, même dites avec de bonnes intentions, peuvent renforcer la honte ou le silence : “Tu as tout pour être heureux”, “Pense à ta famille”, “Tu exagères”, “Ça va passer”, “Tu n’es pas sérieux”, “C’est égoïste”. Évitez aussi de demander simplement “Promets-moi que tu ne feras rien” comme seule mesure de sécurité.

Privilégiez des formulations centrées sur la présence et l’aide : “Je suis là avec toi”, “On va appeler quelqu’un ensemble”, “Je prends ce que tu dis au sérieux”, “Tu ne dois pas rester seul avec cette souffrance”. Ne promettez pas de garder le secret si la personne est en danger.

Erreur fréquente : croire qu’en parler peut donner l’idée. Poser la question du suicide n’augmente pas le risque. Le danger vient davantage du silence, de la honte et de l’isolement.

Évaluer l’urgence sans porter seul la responsabilité

Vous pouvez poser quelques questions simples pour mieux comprendre la situation : la personne pense-t-elle souvent au suicide ? A-t-elle peur de passer à l’acte ? Se sent-elle capable de se retenir ? A-t-elle envisagé un moment proche ? Est-elle seule ? A-t-elle déjà fait une tentative ? A-t-elle consommé de l’alcool, des médicaments ou des substances ? Accepte-t-elle de recevoir de l’aide ?

Une urgence élevée est à suspecter si l’intention est clairement exprimée, si le danger est proche, si la personne est isolée, confuse, intoxiquée, très agitée, refuse toute aide, a accès à un moyen dangereux ou a un antécédent récent de tentative.

Dans ces situations, ou si vous avez un doute sérieux, appelez le 15 ou le 112. Si la crise est préoccupante mais sans danger immédiat apparent, appelez le 3114. Ne cherchez pas à “prouver” le risque avant d’appeler. Pour approfondir cette distinction, vous pouvez consulter des repères sur quand appeler les secours face à une crise psychique.

Votre rôle n’est pas de poser un diagnostic ni d’évaluer précisément le risque clinique. Votre rôle est de rester présent, recueillir ce que la personne peut dire, alerter, accompagner et ne pas décider seul que “ça ira”.

Qui contacter et comment mobiliser de l’aide

En cas d’urgence vitale ou de danger immédiat, contactez le 15, le 112 ou les urgences hospitalières. Le 114 par SMS est destiné aux personnes sourdes, malentendantes ou aux situations où parler est impossible.

Le 3114 est la ressource spécialisée de prévention du suicide. Il peut être appelé par la personne concernée, par un proche, par un professionnel ou par toute personne inquiète. Il permet d’être écouté, guidé et orienté.

D’autres relais peuvent être mobilisés selon la situation : médecin traitant, psychiatre, psychologue, centre médico-psychologique, service d’urgence psychiatrique selon le territoire, infirmier ou médecin scolaire, CPE ou direction pour un élève, médecine du travail ou référent RH dans un contexte professionnel. Pour mieux situer ces recours, il peut être utile de savoir orienter une personne vers les bons professionnels.

Pour un proche, vous pouvez proposer d’appeler avec la personne si elle accepte. Si elle refuse ou minimise, vous pouvez appeler vous-même le 3114 pour être guidé. Informez une personne de confiance et organisez une présence. Pour un mineur, n’acceptez pas de garder seul un secret dangereux : il faut alerter un adulte responsable et, si nécessaire, les secours.

Que se passe-t-il quand on appelle le 3114 ?

Un professionnel de soin formé répond. L’appel vise à écouter, évaluer la situation, aider à réduire le danger et orienter vers les ressources adaptées. Vous pouvez appeler même si vous n’êtes “pas sûr”. Le 3114 n’est pas réservé aux situations où le passage à l’acte est imminent : il concerne aussi les idées suicidaires, les proches et les professionnels inquiets.

Après la crise : rester vigilant et organiser la suite

Un apaisement immédiat ne signifie pas forcément que le risque a disparu. Après une crise suicidaire, il est important d’organiser une continuité : consultation avec un médecin traitant, un psychiatre, un psychologue, un CMP ou un service spécialisé selon l’orientation reçue.

Le lien humain reste essentiel. Prenez des nouvelles, proposez des moments concrets, évitez les grandes promesses impossibles à tenir, et organisez des relais entre proches. Avec un professionnel si possible, la personne peut identifier ses signaux d’alerte, les personnes à contacter, les lieux sécurisants et les actions utiles en cas de remontée de crise. On parle parfois de plan de sécurité ou de plan de crise, qui gagne à être construit avec un accompagnement adapté.

Pour l’entourage, accompagner une crise suicidaire peut être très éprouvant. Vous pouvez vous sentir inquiet, épuisé, coupable ou démuni. Cherchez vous aussi du soutien, et appelez le 3114 comme proche si besoin. Il est important de prendre soin de soi quand on aide une personne en difficulté, afin de rester présent sans porter seul la charge émotionnelle.

Ce qu’un proche peut faire… et ce qu’il ne peut pas porter seul

Un proche peut faire beaucoup : prendre les propos au sérieux, rester présent, écouter, poser des questions directes, aider à appeler, alerter, accompagner vers les soins et maintenir le lien. Ces gestes ne sont pas “petits”. Ils peuvent contribuer à interrompre l’isolement et à ouvrir un accès à l’aide.

Mais un proche ne peut pas tout porter. Il ne peut pas garantir seul la sécurité à long terme, remplacer les urgences, évaluer précisément le risque clinique, devenir thérapeute, ni garder seul un secret lorsqu’une vie est en danger.

Se former peut aider à repérer plus tôt, adopter une posture adaptée, mieux orienter et agir dans les limites de son rôle. Les Premiers Secours en Santé Mentale proposent une approche structurée utile aux particuliers, entreprises, collectivités, associations et établissements scolaires. Cette formation ne transforme pas en psychologue, psychiatre ou soignant : elle aide à devenir un secouriste en santé mentale, complémentaire des professionnels et des services d’urgence.

Questions fréquentes

Que faire si une personne dit qu’elle veut se suicider ?

Prenez ses paroles au sérieux. Restez avec elle si elle est en danger, posez des questions directes, contactez le 3114 ou le 15/112 selon l’urgence, et ne gardez pas cela secret. Mobilisez un relais fiable.

Est-ce dangereux de demander directement à quelqu’un s’il pense au suicide ?

Non. Demander calmement “Est-ce que tu penses à te suicider ?” n’incite pas au suicide. Cela peut permettre à la personne de parler et d’accepter de l’aide.

Quand appeler le 3114 et quand appeler le 15 ou le 112 ?

Appelez le 3114 en cas d’idées suicidaires, d’inquiétude pour soi ou un proche, ou pour être guidé. Appelez le 15 ou le 112 en cas de danger immédiat, de passage à l’acte en cours ou imminent, ou si la personne n’est pas en sécurité.

Que faire si la personne refuse de l’aide ?

Restez présent si possible, sans entrer dans un rapport de force inutile. Appelez vous-même le 3114 pour être guidé. Si le danger est important ou imminent, appelez les secours. Vous ne devez pas porter seul la situation.

Peut-on laisser seule une personne après une crise suicidaire ?

Pas si le risque reste présent ou incertain. Organisez un relais, contactez les professionnels et maintenez le lien après l’urgence. Un apaisement momentané ne garantit pas que le danger a disparu.

À retenir

Face à une crise suicidaire, prenez toujours les propos au sérieux. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. En cas d’idées suicidaires ou d’inquiétude, appelez le 3114. Restez présent, écoutez sans juger, mobilisez de l’aide et ne portez jamais seul la responsabilité.

Savoir réagir face à une personne en détresse psychique s’apprend. Une formation aux premiers secours en santé mentale peut renforcer votre capacité à repérer, écouter et orienter, sans remplacer les professionnels ni les services d’urgence.

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