Une intoxication liée à l’alcool ou aux drogues peut évoluer vite, surtout en cas de mélange avec des médicaments ou une substance inconnue. Vous n’avez pas besoin d’être médecin pour agir utilement : votre rôle est d’observer, de protéger, d’appeler les secours si nécessaire et de rester auprès de la personne.
On parle d’intoxication lorsqu’une consommation perturbe le fonctionnement physique, mental ou comportemental : conscience, respiration, coordination, jugement, humeur, agitation. Elle peut aussi provoquer ou aggraver une détresse psychique ; il est alors utile de savoir reconnaître une personne en crise psychique, sans chercher à poser un diagnostic.
La règle centrale est simple : en cas de doute, appelez le 15 ou le 112. Cet article donne des repères informatifs pour témoins, proches, collègues, encadrants, professionnels éducatifs ou associatifs. Il ne remplace ni l’avis des secours, ni une consultation médicale, ni une formation aux premiers secours ou aux Premiers Secours en Santé Mentale.
Face à une intoxication : quand faut-il appeler les secours ?
Appelez immédiatement le 15 ou le 112 si la personne présente un signe de gravité, si son état se dégrade ou si vous ne savez pas ce qu’elle a consommé. Les services d’urgence peuvent vous guider par téléphone. Il vaut mieux appeler pour une situation finalement moins grave que d’attendre devant une urgence réelle.
Un appel est nécessaire notamment en cas de :
- perte de connaissance ou impossibilité de réveiller la personne ;
- respiration lente, irrégulière, bruyante ou arrêt respiratoire ;
- lèvres ou visage bleutés, pâleur extrême ;
- vomissements répétés, surtout avec somnolence ou confusion ;
- convulsions ;
- douleur thoracique, malaise important, palpitations sévères ;
- confusion majeure, délire, hallucinations, paranoïa intense ;
- agitation extrême ou comportement dangereux pour elle-même ou pour autrui ;
- suspicion de surdose, de mélange alcool-drogues-médicaments ou de prise inconnue ;
- suspicion de boisson droguée ou d’intoxication à l’insu de la personne ;
- propos suicidaires, propos de mort ou prise volontaire massive ;
- personne mineure, enceinte, très vulnérable ou atteinte d’une maladie connue.
Ces repères rejoignent plus largement les situations qui justifient un appel aux secours lorsqu’une crise psychique ou comportementale dépasse ce qu’un témoin peut sécuriser seul.
Appelez immédiatement les secours si…
- la personne est inconsciente ou difficile à réveiller ;
- sa respiration est anormale ;
- elle a les lèvres bleues ;
- elle convulse ;
- elle vomit en étant somnolente ;
- elle est très confuse, délirante ou dangereusement agitée ;
- elle a mal à la poitrine ;
- elle a pris un mélange ou une substance inconnue ;
- elle parle de mourir ou de se faire du mal ;
- vous suspectez une boisson droguée.
Le bon réflexe : « je préfère appeler pour rien »
Un témoin ne peut pas toujours évaluer la gravité réelle d’une intoxication alcoolique, d’une intoxication par drogues ou d’un mélange. Ne retardez pas l’appel pour vérifier une hypothèse, obtenir des aveux ou éviter des ennuis. Si des propos suicidaires apparaissent, même sous l’effet de substances, il faut les prendre au sérieux et savoir réagir face à une crise suicidaire.
Reconnaître les signes d’intoxication à l’alcool ou aux drogues
La gravité ne dépend pas seulement de la quantité consommée. Elle dépend aussi de la vitesse de consommation, de la tolérance individuelle, de l’âge, du poids, de la fatigue, des médicaments associés, de l’état psychique, des produits mélangés et de la présence possible de substances inconnues.
L’intoxication peut toucher la conscience, la respiration, le comportement, l’humeur, la coordination, le jugement et parfois les fonctions vitales. L’objectif n’est pas d’identifier parfaitement la substance, mais d’observer l’état de la personne et son évolution.
Signes fréquents d’intoxication alcoolique
Une personne qui a trop bu peut présenter des troubles de l’équilibre, une parole ralentie, une désinhibition, une baisse de vigilance, de la confusion, une somnolence ou des vomissements. Une consommation rapide et massive augmente le risque de coma éthylique. L’hypothermie est également possible, surtout si la personne reste dehors, immobile ou peu couverte.
Le danger augmente si la personne ne tient plus assise, ne répond plus clairement, vomit en somnolant ou devient difficile à réveiller. Dans ce cas, ne la laissez pas « dormir un peu » sans surveillance.
Signes possibles avec d’autres drogues ou médicaments
Les dépresseurs du système nerveux central peuvent entraîner une somnolence importante, une respiration ralentie et une perte de conscience. Avec des opioïdes, une personne difficile à réveiller, qui respire lentement ou présente des pupilles très serrées doit être considérée comme en urgence potentielle.
Les stimulants peuvent provoquer agitation, anxiété, panique, douleur thoracique, hyperthermie, palpitations ou paranoïa. Le cannabis fortement dosé, certains hallucinogènes ou des produits inconnus peuvent entraîner une angoisse intense, une perception altérée, de la confusion ou un « bad trip ».
L’alcool associé à certains médicaments peut majorer la sédation, la confusion, le risque de chute et parfois la dépression respiratoire. Ne donnez jamais de médicament pour « calmer » ou « faire dormir » une personne intoxiquée.
Mélanges et substances inconnues : le risque majeur
Une personne peut avoir consommé plusieurs substances, volontairement ou non. Certaines drogues peuvent contenir d’autres produits que ceux attendus. L’alcool peut masquer certains effets ou les amplifier. Face à une prise inconnue, à un mélange ou à une évolution rapide des symptômes, l’urgence se juge d’abord à l’état de la personne, pas au nom supposé du produit.
Les bons gestes à adopter en attendant de l’aide
Restez avec la personne ou assurez-vous qu’un adulte responsable reste auprès d’elle. Présentez-vous calmement, parlez doucement, évitez les mouvements brusques. Éloignez les dangers : route, balcon, eau, objets coupants, foule, musique forte, conflit, nouvelles consommations.
Surveillez régulièrement son niveau de conscience, sa respiration, la couleur de sa peau, sa capacité à répondre et l’évolution des symptômes. Si elle est consciente, installez-la assise ou semi-assise si elle le tolère, dans un endroit calme. Ne la laissez pas repartir seule.
Si elle vomit, évitez qu’elle soit allongée sur le dos et surveillez le risque d’étouffement. Appelez les secours si elle est somnolente, confuse ou si les vomissements se répètent. Si elle est inconsciente mais respire, appelez les secours, mettez-la en position latérale de sécurité si vous savez le faire, et surveillez sa respiration jusqu’à l’arrivée de l’aide.
Si elle ne respire pas ou respire de façon anormale, appelez immédiatement les secours, suivez les instructions du régulateur et commencez les gestes de réanimation si vous êtes formé ou guidé. En cas de suspicion d’opioïdes, appelez les secours ; la naloxone peut être utilisée uniquement si elle est disponible et si vous pouvez suivre les consignes du dispositif ou du régulateur. La surveillance reste indispensable.
Quelles informations noter pour les secours ?
Sans retarder l’appel, rassemblez ce que vous pouvez : lieu exact, âge approximatif, état de conscience, respiration, substances connues ou suspectées, heure supposée de prise, quantité approximative, médicaments retrouvés ou habituels, symptômes observés, chute ou blessure, propos suicidaires, risques sur place et numéro de rappel.
Les 6 réflexes à retenir
- Évaluer la conscience et la respiration.
- Appeler le 15 ou le 112 en cas de doute ou de signe grave.
- Ne pas laisser la personne seule.
- La mettre en sécurité, loin des dangers.
- Ne pas faire vomir, ne pas donner de café, ne pas doucher.
- Surveiller jusqu’à l’arrivée de l’aide.
Exemple : en soirée, un ami devient impossible à réveiller
Il a beaucoup bu, vomit et somnole. Ses amis hésitent à appeler. Les bons réflexes sont d’appeler le 15 ou le 112, de le mettre sur le côté s’il respire et si quelqu’un sait le faire, de surveiller sa respiration, de rassembler les informations utiles et de ne pas le laisser dormir seul. L’urgence se juge à son état, pas à la peur d’avoir « des ennuis ».
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Face à une personne fortement intoxiquée, certains réflexes bien intentionnés peuvent aggraver la situation. Ne la laissez pas seule, surtout si elle est somnolente, confuse, difficile à réveiller ou si elle vomit. Ne la couchez pas sur le dos si elle risque de vomir. Ne provoquez pas le vomissement.
Ne donnez pas de café pour « dégriser », ne faites pas prendre de douche froide, ne forcez pas la personne à boire beaucoup d’eau si elle est confuse ou somnolente. N’administrez pas de médicament. Ne minimisez pas les mélanges alcool-drogues-médicaments. Ne conduisez pas vous-même une personne dont l’état est grave ou instable.
Sur le plan relationnel, évitez la violence, l’humiliation, la menace, les photos ou vidéos, et les questions insistantes pour la faire avouer ou se justifier pendant la crise.
Pourquoi ces « remèdes » peuvent être dangereux
Le café ou la douche froide ne font pas dessaouler. Le café ne diminue pas l’alcoolémie et peut donner une fausse impression de vigilance. La douche froide expose à une chute, à un choc thermique ou à une aggravation de l’hypothermie. Faire vomir peut entraîner une inhalation ou un étouffement. Seul le temps, la surveillance et, si nécessaire, la prise en charge adaptée permettent de gérer l’intoxication.
Comment parler à une personne intoxiquée sans aggraver la situation
Parlez avec des phrases courtes, calmes et concrètes. Placez-vous à distance raisonnable, sans encercler la personne. Évitez les reproches, les sarcasmes et les humiliations. Si elle est très confuse, délirante ou paranoïaque, ne cherchez pas à la convaincre par un débat.
Nommer ce que vous observez peut aider : « Je vois que tu as du mal à rester réveillé », « Je m’inquiète pour ta respiration », « On va appeler de l’aide ». Demandez ce qu’elle a pris seulement si cela ne crée pas de tension et ne retarde pas l’appel.
Si la personne devient menaçante, gardez vos distances, ne tentez pas de la maîtriser seul, demandez de l’aide et appelez les secours ou les forces de l’ordre si un danger immédiat apparaît.
Si la personne refuse l’aide
Le refus est fréquent sous intoxication. N’entrez pas dans un bras de fer. Revenez aux faits observables : respiration, conscience, chute, vomissements, danger. En présence d’un signe grave, appelez malgré le refus. S’il n’y a pas de danger vital immédiat mais que vous restez inquiet, restez présent, proposez un lieu calme et contactez un proche responsable si cela est approprié.
Situations particulières : soirée, travail, école, boisson suspecte, sevrage
En soirée ou en événement
Désignez une personne sobre pour rester auprès de la personne intoxiquée. Mettez-la à l’écart de la foule sans l’isoler totalement. Évitez qu’elle reparte seule ou avec quelqu’un de non fiable. Préservez sa dignité et surveillez ses affaires ou sa boisson si nécessaire.
Au travail ou dans une structure professionnelle
La priorité est la sécurité immédiate : conduite, machines, poste dangereux, contact avec du public. Ne diagnostiquez pas une addiction. Appuyez-vous sur les faits observables : comportement, altération apparente, risque. Alertez selon les procédures internes : manager, RH, service de santé au travail, référent sécurité. Après l’urgence, une orientation vers la médecine du travail ou un dispositif d’aide peut être nécessaire.
En établissement scolaire, association ou collectivité
Ne gérez pas seul, surtout si la personne est mineure ou vulnérable. Protégez-la, appelez les secours selon la gravité, informez les responsables prévus par le cadre applicable et pensez aussi aux autres jeunes exposés ou témoins. L’intervention ne doit pas se transformer immédiatement en sanction avant l’évaluation médicale et éducative.
Si une boisson semble avoir été droguée
Prenez au sérieux une confusion rapide, une somnolence inhabituelle, une désorientation, une perte de mémoire, un malaise ou une vulnérabilité soudaine. Mettez la personne en sécurité, ne la laissez pas avec une personne inconnue ou insistante, appelez les secours si les symptômes sont importants. Si possible, conservez le verre ou les éléments utiles, sans retarder la prise en charge.
Attention au sevrage alcoolique
Ne confondez pas intoxication et sevrage. Chez une personne dépendante, un arrêt brutal de l’alcool peut être dangereux : tremblements, sueurs, agitation, confusion, hallucinations, convulsions ou delirium tremens. Ne conseillez pas un arrêt soudain sans accompagnement médical.
Après l’urgence : comment aborder la suite avec la personne ?
Attendez que la personne soit redevenue sobre, consciente et disponible. Choisissez un moment calme, sans public. Partez des faits observés plutôt que d’un jugement moral : « Hier, tu as vomi plusieurs fois et on n’arrivait presque plus à te réveiller. J’ai eu peur pour toi. Comment tu te sens depuis ? »
Un épisode isolé ne permet pas de diagnostiquer une addiction. En revanche, plusieurs signes doivent encourager à reconnaître un trouble lié aux substances : répétition des épisodes, difficulté à réduire malgré les conséquences, consommation cachée, accidents, conflits, absentéisme, usage pour dormir, tenir ou oublier, symptômes de manque, idées noires.
Selon la situation, vous pouvez proposer de consulter un médecin traitant, un addictologue, un psychologue, un psychiatre, un CSAPA, le service de santé au travail, l’infirmerie ou le médecin scolaire. Pour orienter vers les bons professionnels, gardez en tête que votre soutien ne remplace pas une prise en charge médicale, psychologique ou addictologique. En cas de risque immédiat, les urgences restent prioritaires. En cas de crise suicidaire, le 3114 peut aussi être contacté.
Pourquoi se former aux Premiers Secours en Santé Mentale aide dans ces situations
Les Premiers Secours en Santé Mentale aident à adopter une posture calme, respectueuse et non jugeante face à une personne en difficulté. Ils permettent de mieux repérer une détresse psychique, d’évaluer un danger immédiat, d’apporter un premier soutien, d’informer et d’encourager le recours à une aide adaptée, sans se substituer aux professionnels de santé.
Cette approche est particulièrement utile lorsque l’alcool, les drogues, la panique, l’agitation, les idées suicidaires ou la honte compliquent la relation. Lire un article donne des repères ; s’entraîner en formation aide à gagner en confiance. Vous pouvez se former aux Premiers Secours en Santé Mentale pour mieux soutenir un proche, une équipe, un public accueilli ou des jeunes, tout en respectant les limites du rôle de secouriste.
Le cadre national des PSSM, présenté par le ministère chargé de la Santé, vise notamment à mieux repérer, adopter un comportement adapté, informer et orienter. Le carnet de PSSM France sur les troubles liés à la consommation d’alcool rappelle aussi l’importance de premiers réflexes sécurisants face à l’ivresse, l’intoxication ou le sevrage.
FAQ
Faut-il laisser dormir une personne ivre ou droguée ?
Une personne fatiguée mais réveillable, cohérente et qui respire normalement doit rester surveillée. En revanche, une personne difficile à réveiller, confuse, qui vomit ou respire mal ne doit jamais être laissée seule : appelez le 15 ou le 112.
Quand appeler le SAMU pour une intoxication à l’alcool ?
Appelez en cas de perte de connaissance, respiration anormale, vomissements répétés, convulsions, confusion importante, mélange de substances, personne mineure ou enceinte, maladie connue, douleur thoracique ou propos suicidaires.
Peut-on faire vomir quelqu’un qui a trop bu ou pris une drogue ?
Non. Provoquer le vomissement expose à un risque d’étouffement ou d’inhalation, surtout si la personne est somnolente. Demandez un avis médical ou appelez les secours si vous êtes inquiet.
Que faire si la personne devient agressive ou paranoïaque ?
Gardez une distance de sécurité, parlez calmement, réduisez les stimulations, évitez la confrontation et demandez de l’aide. Si elle représente un danger immédiat pour elle-même ou pour autrui, appelez les secours.
Que faire le lendemain d’une intoxication inquiétante ?
Parlez dans un moment calme, sans jugement, à partir des faits observés. Proposez une aide adaptée : médecin, CSAPA, addictologue, psychologue, psychiatre, service de santé au travail ou ressources d’écoute spécialisées. Une formation PSSM peut aussi aider les proches et les professionnels à réagir plus justement.
Face à une intoxication alcool ou drogue, retenez l’essentiel : en cas de doute, appelez le 15 ou le 112 ; ne laissez pas seule une personne fortement intoxiquée ; surveillez conscience et respiration ; évitez les « remèdes » dangereux ; après la crise, parlez sans juger et orientez vers une aide adaptée.