EMDR : dans quels cas cette thérapie est-elle proposée ?

Vous vous demandez si l’EMDR peut vous aider, ou si cette thérapie serait adaptée à un proche ? La réponse dépend d’abord de la situation vécue, de ses répercussions actuelles et de l’évaluation réalisée par un professionnel formé.

L’EMDR est une psychothérapie utilisant des stimulations bilatérales, souvent des mouvements oculaires, pour aider à retraiter des souvenirs douloureux ou traumatiques. Elle est surtout connue pour le traitement des traumatismes psychiques et du trouble de stress post-traumatique, mais elle peut aussi être envisagée dans d’autres situations, avec prudence.

Si une personne est en danger immédiat, présente un risque suicidaire aigu ou ne peut pas être mise en sécurité, l’EMDR n’est pas la réponse prioritaire. Il faut appeler les urgences au 15 ou au 112. En France, le 3114 est également le numéro national de prévention du suicide.

EMDR : de quoi parle-t-on exactement ?

EMDR signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ce qui est généralement traduit par « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». Cette méthode a été développée par Francine Shapiro à partir de la fin des années 1980.

Concrètement, l’EMDR part de l’idée que certaines expériences douloureuses restent associées à une charge émotionnelle très intense. Le souvenir n’est pas seulement « dans le passé » : il peut continuer à provoquer des images intrusives, des sensations corporelles, de la peur, de la honte, de la colère ou un sentiment de danger dans le présent.

La thérapie EMDR vise à aider la personne à retraiter ces informations, afin que le souvenir devienne moins envahissant émotionnellement. Il ne s’agit pas d’effacer ce qui s’est passé, ni de faire oublier l’événement.

Les stimulations bilatérales peuvent prendre plusieurs formes : mouvements des yeux de droite à gauche, sons alternés, tapotements alternés. Mais l’EMDR ne se résume pas à « suivre un doigt des yeux ». Elle s’inscrit dans un cadre psychothérapeutique structuré, avec une évaluation, une préparation, des objectifs de travail et une attention à la sécurité émotionnelle. Elle fait partie des différentes thérapies en santé mentale, chacune ayant ses indications, ses limites et son cadre de pratique.

L’EMDR, ce n’est pas seulement bouger les yeux. Les mouvements oculaires sont la partie la plus visible, mais ils ne remplacent ni l’évaluation clinique, ni la relation thérapeutique, ni la préparation. Une séance EMDR doit être menée par un professionnel formé, dans un cadre sécurisé.

L’indication principale : les traumatismes psychiques et le stress post-traumatique

L’indication la plus connue et la mieux reconnue de l’EMDR concerne les troubles liés aux traumatismes, en particulier le trouble de stress post-traumatique, souvent abrégé TSPT. Des recommandations nationales et internationales citent l’EMDR parmi les approches proposées dans ce cadre, notamment pour l’état de stress post-traumatique.

Un traumatisme psychique ne se définit pas uniquement par la gravité objective d’un événement. Il dépend aussi de la façon dont la personne l’a vécu, de son sentiment d’impuissance, de menace, d’effroi, de solitude ou d’insécurité, et de ce qui persiste ensuite dans sa vie quotidienne.

Le TSPT peut se manifester par des reviviscences, des cauchemars, des flashbacks, un évitement de certains lieux ou situations, une hypervigilance, des réactions corporelles fortes, une irritabilité, des troubles du sommeil ou l’impression que le danger est encore présent alors que l’événement est terminé. Ces signes ne suffisent pas à poser un diagnostic, mais ils peuvent justifier de demander un avis professionnel.

L’EMDR peut être proposée après des événements comme une agression, des violences physiques ou sexuelles, un accident grave, un attentat, une catastrophe naturelle, un deuil traumatique, une exposition à la mort ou à une menace intense. Elle peut aussi être envisagée dans le contexte de violences conjugales ou intrafamiliales, de harcèlement ou d’humiliations répétées, lorsque le retentissement psychique est important.

Les indications présentées par l’association EMDR France rappellent d’ailleurs que cette psychothérapie est particulièrement associée aux souffrances liées aux expériences de vie difficiles, avec une place centrale des traumatismes psychiques.

Traumatisme récent, ancien ou répété : l’EMDR peut-elle être proposée ?

L’EMDR peut concerner des événements récents, mais aussi des expériences très anciennes. Le critère essentiel n’est pas seulement la date de l’événement : c’est ce qu’il provoque encore aujourd’hui.

Par exemple, une personne peut éviter de conduire après un accident, sursauter au moindre bruit, revoir régulièrement des images de la scène ou faire des cauchemars. Une autre peut avoir vécu des violences anciennes et constater, des années plus tard, des réactions de peur, de honte ou de méfiance qui perturbent ses relations, son travail ou son sommeil.

Pour les traumatismes complexes, répétés ou survenus dans l’enfance, le travail est souvent plus progressif. Une phase de stabilisation peut être nécessaire avant d’aborder certains souvenirs. L’objectif n’est pas d’aller vite, mais de travailler dans des conditions suffisamment sécurisantes.

Exemple : après un accident de voiture. Une personne a vécu un accident grave. Depuis, elle évite de reprendre le volant, dort mal, revoit certaines images et se sent en alerte lorsqu’elle entend un freinage brusque. Ces manifestations peuvent évoquer un trouble lié au traumatisme. Une évaluation par un professionnel formé permettra de dire si l’EMDR est pertinente, ou si une autre approche doit être priorisée.

Au-delà du TSPT : dans quels autres cas l’EMDR peut-elle être envisagée ?

L’EMDR n’est pas réservée aux personnes qui identifient un traumatisme unique et évident. Elle peut être envisagée lorsque les symptômes actuels semblent reliés à des souvenirs, événements ou expériences marquantes qui restent émotionnellement très actifs.

Dans certains cas, elle peut être proposée pour les troubles anxieux, les attaques de panique, les phobies ou l’anxiété sociale, en particulier lorsqu’un événement humiliant, effrayant ou insécurisant semble avoir laissé une trace importante. Elle peut aussi être intégrée à un accompagnement pour des symptômes dépressifs liés à des événements de vie douloureux, des troubles du sommeil avec souvenirs intrusifs, ou certaines difficultés relationnelles associées à des blessures anciennes.

Des praticiens peuvent également l’envisager, avec prudence, lorsque des conduites compulsives, des addictions ou des symptômes corporels influencés par le stress sont associés à des expériences traumatiques ou à des émotions difficiles. Cela ne signifie pas que l’EMDR traite directement toutes les addictions, toutes les douleurs ou toutes les dépressions. Le contexte clinique reste déterminant.

La hiérarchie est importante : le TSPT et les traumatismes psychiques constituent l’indication principale et la plus reconnue. Les autres usages peuvent être pertinents dans certaines situations, mais ils demandent une évaluation précise, notamment en présence de troubles associés ou de fragilités importantes.

L’EMDR est-elle utile si l’on ne se souvient pas d’un “grand traumatisme” ?

Certaines personnes consultent sans identifier un événement unique. Elles disent plutôt : « Je ne comprends pas pourquoi je réagis aussi fort », « je me sens en danger dans certaines situations », ou « j’ai l’impression que quelque chose se répète dans mes relations ».

Des souffrances peuvent être liées à des expériences répétées : négligence émotionnelle, harcèlement, humiliations, climat familial insécurisant, ruptures ou pertes marquantes. Pour autant, il n’est pas utile de chercher à tout prix un « traumatisme caché ». L’évaluation thérapeutique sert justement à comprendre ce qui est en jeu, sans forcer la personne à fabriquer une explication.

Penser que l’EMDR efface les souvenirs est une erreur fréquente. Le souvenir ne disparaît pas forcément. L’objectif est plutôt qu’il devienne moins envahissant émotionnellement, afin que la personne puisse s’en souvenir sans être submergée de la même manière.

Dans quels cas l’EMDR n’est-elle pas forcément la première option ?

L’EMDR peut réactiver des émotions intenses. C’est pourquoi elle n’est pas toujours la première réponse à proposer, même lorsqu’il existe un vécu traumatique.

Une prudence particulière est nécessaire en cas de risque suicidaire aigu, d’automutilations actives, de psychose non stabilisée, de dissociation sévère, de consommation importante ou instable de substances, de grande instabilité de vie, de violences en cours ou d’absence de sécurité. Les troubles psychiatriques sévères non accompagnés et les états de crise aiguë demandent également une évaluation attentive.

Dans ces situations, l’EMDR peut parfois être envisagée plus tard, mais pas nécessairement immédiatement. La priorité peut être de sécuriser la personne, de stabiliser la situation, de renforcer ses ressources, de construire une alliance thérapeutique et, si besoin, de coordonner l’accompagnement avec d’autres professionnels.

En cas de danger immédiat ou d’idées suicidaires. Si une personne risque de se faire du mal, de faire du mal à quelqu’un ou se trouve en danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. En cas d’idées suicidaires, le 3114 peut être contacté en France. Vous pouvez aussi consulter les repères pour faire face à une crise suicidaire. L’EMDR n’est pas la réponse immédiate à une situation de crise aiguë : la priorité est la sécurité.

Comment savoir si l’EMDR est adaptée à sa situation ?

Vous pouvez envisager de demander un avis si vous vivez des souvenirs intrusifs, des cauchemars, une peur persistante, un évitement de certains lieux ou de certaines personnes, des réactions corporelles très fortes ou l’impression de revivre un événement. Une honte ou une culpabilité persistante, une anxiété liée à une période précise, ou des difficultés relationnelles répétées après des expériences douloureuses peuvent aussi motiver une consultation.

Ces repères ne constituent pas un diagnostic. Ils indiquent seulement qu’il peut être utile d’en parler à un professionnel de santé mentale.

Lors d’une première rencontre, le praticien évalue généralement l’histoire de vie, les symptômes actuels, la sécurité psychique et matérielle, les ressources disponibles, les suivis ou traitements déjà en place, les attentes de la personne et la pertinence de l’EMDR. Il peut aussi proposer une autre approche, ou intégrer l’EMDR dans un suivi plus large.

Questions utiles à se poser avant de consulter

  • Quel événement, quelle période ou quelle relation revient souvent en mémoire ?
  • Certaines situations déclenchent-elles des réactions émotionnelles ou corporelles intenses ?
  • Depuis quand ces difficultés sont-elles présentes ?
  • Est-ce que cela gêne le sommeil, le travail, les études, les relations ou la vie quotidienne ?
  • Existe-t-il actuellement un danger, des violences ou un risque suicidaire ?
  • Un suivi médical ou psychologique est-il déjà en place ?

Cette liste aide à préparer un échange, mais elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel.

Face à un proche en souffrance, il est fréquent de ne pas savoir quoi dire ni vers qui orienter. Les Premiers Secours en Santé Mentale apprennent à repérer les signes de détresse, écouter sans jugement, rassurer et encourager la personne à chercher une aide adaptée. Ils ne forment pas à pratiquer l’EMDR, ni à se substituer à un psychologue, un psychiatre ou un soignant.

Comment se déroule une prise en charge EMDR ?

Une prise en charge EMDR commence généralement par un entretien d’évaluation. Le professionnel cherche à comprendre les difficultés, l’histoire de la personne, ses ressources, sa stabilité émotionnelle et le cadre dans lequel le travail pourra se faire.

Le retraitement d’un souvenir ne commence pas forcément dès la première séance. Une phase de préparation peut être nécessaire, notamment si la personne se sent très fragile, se dissocie facilement ou vit encore dans un contexte insécurisant.

Lors d’une séance EMDR, le thérapeute peut proposer de travailler sur une cible : un souvenir, une image, une pensée, une émotion ou une sensation corporelle associée. Des stimulations bilatérales sont utilisées par séries, avec des pauses régulières. Le praticien réévalue l’intensité émotionnelle et veille à ce que la personne termine la séance dans un état suffisamment stable.

Le nombre de séances varie fortement. Un traumatisme unique peut parfois demander un travail plus court qu’une histoire de traumatismes répétés ou anciens. Il serait toutefois imprudent de promettre un résultat en quelques séances. Après une séance, certaines personnes ressentent de la fatigue, font des rêves, traversent des émotions ou éprouvent un apaisement progressif. En cas de détresse importante, il est nécessaire de recontacter le thérapeute ou un professionnel compétent.

À qui s’adresser pour une thérapie EMDR ?

Il est préférable de s’adresser à un professionnel de santé mentale formé à l’EMDR : psychologue, psychiatre, psychothérapeute reconnu selon le cadre réglementaire, ou professionnel ayant une formation solide dans cette pratique. L’enjeu n’est pas seulement de connaître une technique, mais de savoir évaluer, accompagner, stabiliser et orienter.

Vous pouvez demander au praticien quelle est sa formation EMDR, son expérience avec les traumatismes simples ou complexes, comment se déroule l’évaluation et quelles précautions sont prises en cas de forte détresse. Un cadre clair, le respect du rythme du patient et la capacité à proposer une autre orientation si l’EMDR n’est pas adaptée sont des repères importants.

Si vous ne savez pas vers qui vous tourner, il peut être utile d’identifier les professionnels vers qui orienter une personne en difficulté : médecin traitant, psychologue, psychiatre, structures spécialisées ou ressources d’urgence selon la situation.

Ce qu’il faut retenir sur les indications de l’EMDR

L’EMDR est principalement proposée dans les troubles liés aux traumatismes psychiques, notamment le trouble de stress post-traumatique. Elle peut aussi être envisagée dans certaines anxiétés, phobies, difficultés relationnelles ou symptômes dépressifs lorsqu’un lien avec des expériences douloureuses est identifié.

Elle n’est pas indiquée automatiquement. Une évaluation professionnelle est nécessaire pour vérifier si cette approche convient, si une préparation est indispensable, ou si une autre prise en charge doit être priorisée. En cas de crise aiguë, de danger immédiat ou de risque suicidaire, la sécurité passe avant toute démarche thérapeutique.

Comprendre les thérapies comme l’EMDR peut aider à mieux orienter une personne en souffrance. Pour aller plus loin dans cette posture d’aide, les Premiers Secours en Santé Mentale donnent des repères pour repérer, écouter, rassurer et encourager vers une aide professionnelle adaptée, sans remplacer les soignants ni former à pratiquer l’EMDR.

FAQ sur l’EMDR

L’EMDR est-elle seulement indiquée pour les traumatismes ?

Elle est principalement indiquée pour les traumatismes psychiques et le trouble de stress post-traumatique. Elle peut être proposée dans d’autres situations lorsque les symptômes semblent liés à des expériences douloureuses, mais cela nécessite une évaluation.

Peut-on faire de l’EMDR pour l’anxiété ?

Oui, dans certains cas, notamment lorsque l’anxiété est associée à un événement, une peur spécifique ou des souvenirs marquants. D’autres approches peuvent aussi être indiquées selon la situation.

L’EMDR est-elle adaptée aux enfants et adolescents ?

Elle peut être proposée aux enfants et adolescents par des professionnels spécifiquement formés. Le cadre doit être adapté à l’âge, au développement et au contexte familial. Une évaluation préalable est indispensable.

Combien de séances EMDR faut-il prévoir ?

Le nombre de séances varie selon les personnes, les symptômes, les ressources disponibles et l’histoire traumatique. Un traumatisme unique peut parfois demander un travail plus court, tandis que les traumatismes complexes nécessitent souvent un accompagnement plus long.

Y a-t-il des risques avec l’EMDR ?

L’EMDR peut faire remonter des émotions fortes. C’est pourquoi elle doit être pratiquée dans un cadre sécurisé, par un professionnel formé. Certaines situations demandent une stabilisation préalable avant d’envisager le retraitement des souvenirs.

>