Quand appeler les secours face à une crise psychique ?

Une crise psychique peut être très impressionnante : propos suicidaires, agitation, confusion, panique extrême, délire, comportement inhabituel ou mise en danger. Toutes les situations ne relèvent pas du même niveau d’urgence, mais une règle doit rester simple : en cas de danger grave ou immédiat, appelez les secours sans attendre.

Si vous hésitez parce que vous avez peur de “déranger”, retenez ceci : en France, le 15 ou le 112 peuvent être appelés en cas de doute sérieux. Le rôle de la régulation est aussi d’évaluer la situation, de vous conseiller et de déclencher une aide si nécessaire.

Cet article vous aide à repérer quand appeler les secours face à une crise psychique, quel numéro composer, quoi dire au téléphone et quoi faire en attendant l’aide. Il ne remplace pas un avis médical ni l’intervention des services d’urgence.

Appeler les secours immédiatement : les situations qui ne doivent pas attendre

Appelez les secours sans attendre si la personne semble en danger, si elle peut mettre quelqu’un d’autre en danger, ou si elle n’est plus capable de rester en sécurité. Vous n’avez pas besoin d’être certain d’un diagnostic pour appeler.

Un appel immédiat est nécessaire notamment si la personne :

  • parle de mourir, de se suicider ou semble sur le point de passer à l’acte ;
  • a accès à un moyen concret de se faire du mal : médicaments, arme, corde, fenêtre, voie ferrée, route, produit toxique ;
  • s’est déjà blessée ou intoxiquée ;
  • menace quelqu’un, devient violente ou possède une arme ;
  • est très agitée, incontrôlable ou impossible à apaiser ;
  • présente une confusion importante, des hallucinations ou des idées délirantes avec un comportement dangereux ;
  • ne reconnaît plus son environnement ou ne semble plus capable de se protéger ;
  • refuse toute aide alors que la situation s’aggrave ;
  • est sous l’effet d’alcool, de drogues ou de médicaments avec un risque physique ou un comportement imprévisible ;
  • ne mange plus, ne boit plus ou ne dort plus depuis longtemps et paraît épuisée ou désorganisée ;
  • est un enfant, un adolescent, une personne âgée ou une personne vulnérable en danger psychique aigu.

En cas de propos suicidaires avec moyen disponible, personne inaccessible, intoxication ou passage à l’acte possible, appelez le 15 ou le 112. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est une ressource importante lorsque des idées suicidaires existent sans danger imminent. Si vous avez besoin d’approfondir les repères spécifiques, vous pouvez aussi lire que faire face à une crise suicidaire, mais cela ne remplace jamais l’appel aux secours en cas de risque immédiat.

À retenir en cas de danger immédiat

  • Danger vital, suicide imminent, confusion grave : 15 ou 112.
  • Violence, menace grave, arme, danger pour autrui : 17.
  • Péril, accident, danger physique immédiat : 18 ou 112.
  • Difficulté à parler ou entendre : 114 par SMS, tchat, visio ou fax selon les modalités disponibles.
  • Idées suicidaires sans danger imminent : 3114.
  • En cas de doute sérieux : appelez le 15.

Pour les urgences psychiatriques, Psycom rappelle également qu’il faut contacter les numéros d’urgence si la situation s’aggrave et que la personne refuse toute aide.

Les signes d’alerte d’une urgence psychique

L’enjeu est de distinguer une détresse importante d’une situation où la sécurité est compromise. Pour mieux reconnaître une personne en crise psychique, trois grands critères peuvent vous guider.

La souffrance s’aggrave rapidement. Le changement peut se produire en quelques heures ou quelques jours : crise d’angoisse qui ne redescend pas, désespoir extrême, isolement soudain, propos inquiétants, rupture nette avec le comportement habituel.

La personne n’arrive plus à assurer sa sécurité ou les gestes essentiels. Elle ne mange plus, ne boit plus, ne dort plus, ne peut plus sortir, travailler, s’occuper d’elle-même ou de ses enfants. Elle semble désorganisée, erre, se met en danger ou ne répond plus clairement.

Il existe un risque pour la vie ou la sécurité. Cela peut concerner des idées suicidaires avec scénario ou moyen disponible, une auto-agression, des menaces envers autrui, une agitation sévère, une intoxication, ou une perte de contact avec la réalité accompagnée d’un comportement dangereux.

Ce que l’on peut observer concrètement

Certains propos doivent toujours être pris au sérieux, même s’ils paraissent ambivalents : “Je veux en finir”, “Vous serez mieux sans moi”, “Je ne tiendrai pas”.

Des comportements peuvent aussi alerter : donner ses affaires, écrire un message d’adieu, chercher des médicaments, s’enfermer, partir sans prévenir, se rendre dans un lieu dangereux. Sur le plan comportemental, vous pouvez observer une agitation extrême, une sidération, une incohérence, des pleurs incontrôlables ou un mutisme inhabituel.

Une rupture avec la réalité peut également devenir urgente si elle s’accompagne d’un danger : entendre des voix, se sentir persécuté, exprimer des croyances délirantes ou vivre une peur intense que les autres ne partagent pas. Il ne s’agit pas de poser un diagnostic, mais de repérer des faits préoccupants.

Erreur fréquente : attendre que la personne “se calme toute seule” alors qu’un moyen de passage à l’acte est disponible. La présence d’un moyen concret augmente l’urgence. Vous n’avez pas à être certain du risque pour appeler les secours.

Reconnaître les signes précoces de détresse psychique s’apprend. Une formation aux premiers secours en santé mentale aide à repérer, écouter et orienter, sans transformer le secouriste en psychologue, psychiatre ou soignant.

Quel numéro appeler selon la situation ?

Si la crise est psychique, cela ne signifie pas qu’elle est “moins urgente”. Une souffrance mentale peut nécessiter une réponse médicale, une intervention de sécurité ou une orientation rapide.

  • Danger médical, risque suicidaire imminent, confusion ou état grave : appelez le 15 ou le 112. Le SAMU évalue, conseille, oriente ou déclenche les secours.
  • Danger physique immédiat, accident, personne en péril : appelez le 18 ou le 112. Par exemple : personne sur un pont, blessure, chute, intoxication, personne en danger sur la voie publique.
  • Violence, menace, arme, danger pour autrui : appelez le 17. C’est indiqué en cas de violences en cours, menaces graves ou impossibilité de sécuriser les lieux.
  • Idées suicidaires sans danger immédiat mais inquiétude réelle : appelez le 3114. Ce numéro est destiné à la personne concernée ou à un proche inquiet. Le ministère chargé de la Santé précise qu’en cas de risque suicidaire imminent, il faut appeler le 15 ou le 112.
  • Personne sourde, malentendante ou ne pouvant pas parler : utilisez le 114 par SMS, tchat, visio ou fax selon les modalités disponibles.
  • Crise inquiétante sans danger immédiat : contactez le médecin traitant, un professionnel déjà connu, un CMP, un service d’accueil des urgences ou une ligne d’écoute adaptée. Si le doute persiste, le 15 peut vous orienter.

Mini-arbre de décision

  • Si la personne peut se faire du mal maintenant : 15 ou 112.
  • Si elle menace quelqu’un ou possède une arme : 17.
  • Si elle est blessée, intoxiquée ou en péril : 15, 18 ou 112.
  • Si elle parle de suicide sans danger immédiat : 3114 et aide médicale.
  • Si elle souffre mais reste en sécurité : médecin, CMP ou professionnel de santé.
  • Si vous hésitez : 15 pour avis.

Que dire aux secours au téléphone ?

Sous stress, il est normal de ne pas savoir par où commencer. Essayez de donner des faits simples, dans l’ordre. Les secours vous poseront des questions : vous n’avez pas à tout maîtriser.

Préparez, si possible :

  • l’adresse précise et les informations d’accès au lieu ;
  • l’identité, l’âge approximatif et l’état actuel de la personne ;
  • ce qui se passe maintenant ;
  • les propos suicidaires, menaces, violences, confusion ou comportements dangereux ;
  • les moyens dangereux présents : médicaments, arme, objets coupants, fenêtre, véhicule, substances ;
  • une consommation d’alcool, de drogues ou de médicaments ;
  • les antécédents connus, si vous les connaissez : troubles psychiques, hospitalisations, traitements, tentatives précédentes ;
  • la présence d’enfants ou de personnes vulnérables ;
  • ce qui a déjà été tenté ;
  • le niveau de coopération de la personne ;
  • votre propre sécurité pendant l’attente.

Décrire les faits plutôt que poser un diagnostic

Dites par exemple : “Elle dit qu’elle veut mourir et a rassemblé des médicaments.” Ou : “Il crie, menace son entourage et tient un couteau.” Ces informations sont plus utiles que des étiquettes comme “elle est hystérique” ou “il est fou”, qui sont stigmatisantes et imprécises.

Avant ou pendant l’appel : où êtes-vous ? Qui est concerné ? Que se passe-t-il maintenant ? Y a-t-il un danger immédiat ? Des moyens dangereux ? Une consommation ? Êtes-vous en sécurité ?

Que faire en attendant les secours ?

La priorité n’est pas de résoudre la crise, mais de limiter le danger en attendant les professionnels.

Si la personne est violente, armée ou imprévisible, gardez une distance de sécurité. Ne tentez pas de la maîtriser physiquement. Si vous pouvez le faire sans vous mettre en danger, éloignez les médicaments, objets coupants, armes, cordons, produits toxiques ou clés de voiture. Évitez la foule autour d’elle, gardez votre téléphone disponible et installez-la dans un endroit calme si cela est possible.

Parlez doucement, avec des phrases courtes. Dites qui vous êtes, ce que vous faites, et que vous cherchez de l’aide. Évitez de crier, de menacer, de donner des ordres ou de débattre avec des idées délirantes. Vous pouvez reconnaître la détresse : “Je vois que c’est très difficile pour vous.” Cela ne signifie pas valider un passage à l’acte.

Cette posture rejoint les principes généraux pour aider une personne en souffrance psychique : rester présent, écouter sans jugement, sécuriser autant que possible et orienter vers une aide adaptée, sans prendre la place des professionnels.

Ne restez pas seul si la situation est dangereuse. Demandez l’aide d’un autre adulte de confiance, éloignez-vous si le risque devient trop élevé et suivez les consignes données par les secours au téléphone.

Exemple concret : un proche dit vouloir mourir, s’enferme avec des médicaments et refuse de répondre. Dans cette situation, appelez le 15 ou le 112, indiquez les médicaments disponibles, ne restez pas seul et suivez les consignes. N’essayez pas d’ouvrir de force si cela augmente le danger.

Si la crise est inquiétante mais pas immédiatement dangereuse : vers qui se tourner rapidement ?

“Pas de danger immédiat” ne veut pas dire “pas grave”. Une personne peut souffrir beaucoup, tout en restant joignable, cohérente et capable de rester en sécurité. Dans ce cas, il est important de ne pas attendre que la situation s’aggrave.

Vous pouvez contacter le médecin traitant, un psychiatre, un psychologue ou un professionnel déjà connu, le CMP du secteur, un service d’accueil des urgences ou des urgences psychiatriques selon l’organisation locale. Les dispositifs varient selon les territoires : appeler avant peut aider à être orienté vers le bon lieu.

Pour mieux savoir vers qui se tourner selon la situation, vous pouvez consulter les repères pour orienter vers les professionnels de la santé mentale. Les lignes d’écoute peuvent soutenir et orienter, mais elles ne remplacent pas un suivi thérapeutique ni une évaluation médicale lorsque celle-ci est nécessaire.

Si la personne refuse toute aide et que la situation s’aggrave, reconsidérez l’urgence. En cas de doute sérieux, appelez le 15 ou le 112.

Faut-il accompagner la personne aux urgences ?

Accompagner une personne aux urgences peut être adapté si elle est d’accord, calme, sans risque immédiat pour elle-même ou pour autrui, et si le trajet peut se faire en sécurité. Il est aussi préférable qu’un service adapté ait été identifié.

En revanche, appelez le 15 ou le 112 avant tout déplacement s’il existe un risque suicidaire imminent, une agitation importante, une violence, une confusion, une intoxication, des blessures, un refus d’aide avec danger ou un doute sur la sécurité du trajet.

Les services d’accueil des urgences peuvent orienter vers une évaluation psychiatrique, mais l’organisation varie selon les hôpitaux et les villes. Pour approfondir cette question, vous pouvez lire quand se rendre aux urgences pour un problème de santé mentale. Ne forcez pas physiquement une personne à monter dans une voiture : si la situation est instable, l’appel aux secours est plus prudent.

Après l’urgence : pourquoi ne pas rester seul avec la situation

Une crise psychique ne s’arrête pas toujours au moment où les secours interviennent. Après l’urgence, un relais est souvent nécessaire : médecin, psychiatre, psychologue, CMP, structure spécialisée, soutien des proches.

Lorsque la personne est stabilisée, il peut être utile de revenir calmement sur ce qui s’est passé, sans accusation. L’objectif n’est pas de refaire l’histoire à chaud, mais d’identifier les signaux précoces, les contacts utiles et les ressources à solliciter plus tôt si une nouvelle crise apparaît.

Pour les proches, il est essentiel de ne pas porter seul la responsabilité de la sécurité d’une personne. Pour les entreprises, collectivités, établissements scolaires ou associations, former des personnes relais peut aider à repérer plus tôt les situations préoccupantes et à orienter vers les ressources adaptées.

Pour apprendre à repérer les signes de détresse psychique, adopter une posture aidante et orienter vers les bons relais, la formation Premiers Secours en Santé Mentale apporte un cadre pratique et reconnu. Elle ne remplace ni les secours, ni les soins, ni les professionnels de santé.

Questions fréquentes

Peut-on appeler le 15 pour une urgence psychiatrique ?

Oui. Le 15 peut être appelé en cas d’urgence psychique ou psychiatrique : risque suicidaire, confusion, agitation grave, intoxication, danger pour soi ou pour autrui. Le régulateur évalue, conseille, oriente ou déclenche les secours.

Faut-il appeler le 3114 ou le 15 en cas d’idées suicidaires ?

Appelez le 3114 en cas d’idées suicidaires ou d’inquiétude suicidaire sans danger immédiat. Appelez le 15 ou le 112 si un passage à l’acte est possible, si un moyen est disponible, si la personne est inaccessible, intoxiquée, blessée ou en danger imminent.

Que faire si la personne refuse les secours ?

Restez calme, expliquez votre inquiétude et évitez de forcer physiquement. Si le danger est immédiat ou si la situation s’aggrave, appelez le 15 ou le 112 malgré le refus et suivez les consignes des professionnels.

Peut-on emmener soi-même une personne en crise aux urgences ?

Oui, seulement si la personne est d’accord, calme et que le trajet est sûr. En cas de risque suicidaire, agitation, violence, confusion, intoxication ou doute sur la sécurité, appelez d’abord le 15 ou le 112.

Quelle différence entre crise d’angoisse et urgence psychique ?

Une crise d’angoisse peut être très impressionnante sans nécessiter systématiquement les secours. Elle devient urgente s’il existe un danger, une confusion, une perte de contact avec la réalité, une incapacité à se protéger, des propos suicidaires, une douleur physique inquiétante ou un doute médical.

Que faire si je ne sais pas si c’est assez grave ?

En cas de doute sérieux, surtout s’il existe un risque pour la sécurité, appelez le 15 ou le 112. Mieux vaut demander un avis que rester seul face à une situation potentiellement dangereuse.

À retenir

Face à une crise psychique, appelez sans attendre en cas de danger immédiat, de risque suicidaire, de violence, de confusion grave, d’intoxication ou d’incapacité à rester en sécurité. Si la situation est inquiétante mais non immédiate, organisez rapidement un relais professionnel.

Vous n’avez pas à tout gérer seul. Votre rôle peut être de repérer, sécuriser autant que possible, écouter sans jugement et alerter les bons interlocuteurs. Se former peut aider à mieux réagir avant, pendant et après une crise, toujours dans les limites d’un rôle de premier soutien.

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