Voir une personne aller mal psychiquement peut déstabiliser. Un proche s’isole, un collègue craque au travail, un adolescent change brutalement de comportement, une personne dit qu’elle ne veut plus vivre… Dans ces moments, vous pouvez avoir envie d’aider tout en ayant peur de mal faire.
Les principes des PSSM donnent des repères simples pour apporter un premier soutien : repérer, approcher, écouter, évaluer la sécurité, orienter et connaître ses limites. Ils ne remplacent pas un diagnostic, une thérapie, un traitement, ni l’intervention des secours.
Si vous pensez qu’une personne est en danger immédiat, qu’elle risque de se faire du mal ou de mettre quelqu’un en danger, ne restez pas seul : appelez le 15, le 112, le 18 selon la situation, ou le 17 en cas de danger pour la sécurité. En cas d’idées suicidaires, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide.
Souffrance psychique : de quoi parle-t-on exactement ?
La souffrance psychique désigne un état de mal-être émotionnel, mental ou relationnel qui devient difficile à supporter. Elle peut être ponctuelle, liée à un événement de vie, ou s’inscrire dans une difficulté plus durable. Elle ne signifie pas forcément qu’un trouble de santé mentale est diagnostiqué.
On peut imaginer un continuum : d’un côté, un bien-être global ; puis des difficultés passagères ; parfois une détresse plus intense ; parfois un trouble de santé mentale ; et, dans certaines situations, une crise nécessitant une aide immédiate.
Cette souffrance peut concerner l’anxiété, la dépression, les idées suicidaires, les troubles liés à l’usage de substances, les troubles psychotiques, les troubles du comportement alimentaire ou encore les réactions après un événement difficile. Elle peut apparaître progressivement ou brutalement.
L’important, pour un proche, un collègue, un enseignant, un manager ou un bénévole, n’est pas de poser un diagnostic. Votre rôle est plutôt de remarquer qu’une personne semble en difficulté, de lui offrir une présence respectueuse et de l’aider à se tourner vers une ressource adaptée si nécessaire.
Les signes qui peuvent alerter
Un signe isolé ne permet pas de conclure à un trouble. Ce qui doit surtout attirer l’attention, c’est le changement : une modification nette par rapport au fonctionnement habituel de la personne, son intensité, sa durée et ses conséquences sur la vie quotidienne.
Les signes émotionnels peuvent être une tristesse persistante, une irritabilité inhabituelle, une anxiété intense, un sentiment d’être dépassé, une honte excessive ou un discours marqué par le désespoir.
Les signes comportementaux peuvent inclure l’isolement, le retrait social, des absences répétées, une négligence de soi, une consommation accrue d’alcool ou de substances, une agitation inhabituelle, des pleurs fréquents ou des comportements à risque.
Certains propos doivent aussi alerter : dévalorisation de soi, idées de mort, discours confus, impression d’être persécuté, propos incohérents ou très inhabituels. Des signes physiques peuvent accompagner la souffrance : fatigue intense, troubles du sommeil, changement d’appétit, douleurs inexpliquées ou crises de panique.
Au travail ou à l’école, la souffrance peut se traduire par une baisse brutale de performance, des retards, des conflits, un décrochage, de l’évitement ou une perte d’intérêt.
Les signaux qui nécessitent une réaction rapide
Certains signes demandent de ne pas attendre : mention de suicide, envie de disparaître, menace de passage à l’acte, mise en danger de soi ou d’autrui, confusion importante, délire ou hallucinations avec danger, désorganisation majeure, intoxication sévère, violence subie ou risque immédiat.
Une personne qui ne semble plus capable de se protéger, de rester seule en sécurité ou de demander de l’aide doit être accompagnée vers une aide urgente. Dans ces situations, la priorité n’est pas de trouver les mots parfaits, mais de sécuriser et de demander du soutien.
Le premier principe : approcher la personne avec respect et prudence
Le premier pas est souvent le plus difficile. Si la situation le permet, choisissez un moment calme et un lieu qui préserve la confidentialité. Évitez de confronter la personne devant un groupe ou dans un contexte où elle pourrait se sentir humiliée.
Partez de faits observables, sans interprétation : « J’ai remarqué que tu semblais très fatigué ces derniers temps » ou « Je suis inquiet parce que tu t’isoles beaucoup ». Vous pouvez ensuite demander l’accord : « Est-ce que tu veux qu’on en parle ? » ou « Est-ce un bon moment pour toi ? »
Votre posture compte autant que vos mots : un ton calme, une distance physique respectueuse, une attention sincère, sans jugement. Il est aussi utile de tenir compte du contexte culturel, générationnel ou professionnel de la personne.
Si la personne est très agitée, évitez la confrontation. Ne la bloquez pas physiquement. Si possible, réduisez les stimulations autour d’elle et cherchez de l’aide si vous craignez un danger.
Ce qu’il vaut mieux éviter au premier contact
Certaines phrases, même dites avec de bonnes intentions, peuvent fermer la discussion : « Tu exagères », « Il y a pire que toi », « Secoue-toi », « Tu devrais être reconnaissant » ou « Je sais exactement ce que tu ressens ».
Évitez aussi l’interrogatoire, les solutions immédiates, ou le fait de raconter trop vite votre propre histoire. Enfin, ne promettez pas une confidentialité absolue si la sécurité est en jeu. Vous pouvez dire que vous respecterez sa confiance, tout en précisant que vous chercherez de l’aide si sa vie ou celle d’autrui est en danger.
Écouter sans juger : le cœur du soutien
Quand une personne accepte de parler, l’aide la plus utile est souvent d’écouter avant de conseiller. Laissez-la avancer à son rythme. Accueillez les silences. Reformulez simplement ce que vous comprenez, sans interpréter : « Si je comprends bien, c’est devenu très lourd pour toi ces derniers jours. »
Valider l’émotion ne veut pas dire valider toutes les croyances ou toutes les conclusions de la personne. Vous pouvez reconnaître la souffrance : « Je vois que c’est vraiment difficile », sans entrer dans un débat ni chercher à la convaincre immédiatement.
Des questions ouvertes peuvent aider : « Qu’est-ce qui est le plus difficile en ce moment ? », « Depuis quand tu te sens comme ça ? », « Qu’est-ce qui t’aide un peu, même temporairement ? » Pour approfondir cette posture, vous pouvez vous appuyer sur des repères pour écouter activement une personne en souffrance, sans chercher à corriger trop vite ce qu’elle ressent.
Erreur fréquente : vouloir rassurer trop vite. Dire immédiatement « ne t’inquiète pas » ou « ça va aller » peut donner à la personne l’impression de ne pas être entendue. Avant de rassurer, mieux vaut écouter, reformuler et reconnaître la difficulté.
Comment répondre à une phrase inquiétante ?
Face à « Je n’en peux plus », « Je voudrais disparaître » ou « Tout le monde serait mieux sans moi », prenez la phrase au sérieux. Restez calme, demandez simplement ce que la personne veut dire, et cherchez à savoir s’il existe un danger immédiat.
Face à « Je ne dors plus depuis des jours », « Je crois que les autres m’en veulent » ou « Je bois pour tenir », évitez de minimiser ou de débattre. Vous pouvez dire que cela vous inquiète, demander depuis quand cela dure, et proposer de ne pas rester seul avec la situation.
Évaluer l’urgence : quand faut-il demander de l’aide immédiatement ?
Votre rôle n’est pas de gérer seul une crise grave. Si une personne exprime un projet suicidaire, a accès à un moyen de se mettre en danger, a fait une tentative de suicide, se blesse gravement, menace autrui, semble très confuse, délirante, intoxiquée ou victime de violence, il faut demander une aide immédiate.
En France, vous pouvez appeler le 15 pour le SAMU, le 112 pour l’urgence européenne, le 18 pour les pompiers selon la situation, ou le 17 en cas de danger immédiat pour la sécurité. En cas d’idées suicidaires, le 3114 permet de joindre une aide spécialisée en prévention du suicide.
Si la personne est en danger immédiat, appelez les secours même si elle refuse. Dans la mesure du possible, ne laissez pas seule une personne présentant un risque suicidaire imminent, sans vous mettre vous-même en danger. Vous pouvez aussi chercher l’appui d’un tiers fiable.
Pour mieux distinguer une situation préoccupante d’une situation qui nécessite une intervention urgente, il est utile de savoir quand appeler les secours face à une crise psychique.
Quand appeler immédiatement ? Risque suicidaire imminent, menace de mise en danger, confusion sévère, violence, intoxication, malaise ou impossibilité de garantir la sécurité : appelez le 15, le 112, le 18 ou le 17 selon la situation. Pour les idées suicidaires, contactez aussi le 3114.
Que faire si la personne refuse l’aide ?
S’il n’y a pas de danger immédiat, respectez son rythme. Vous pouvez maintenir votre disponibilité, proposer un autre moment, suggérer plusieurs options et demander ce qui lui semblerait acceptable.
En cas de risque grave, la sécurité prime. Il peut être nécessaire de contacter les secours, un proche fiable ou une personne ressource malgré le refus. Vous n’avez pas à porter seul cette responsabilité.
Orienter vers les bonnes ressources sans abandonner la personne
Orienter ne veut pas dire se débarrasser de la personne. C’est l’aider à accéder à un soutien plus adapté que ce que vous pouvez offrir seul.
Selon la situation, les ressources peuvent être le médecin traitant, un psychologue, un psychiatre, un centre médico-psychologique, les urgences, la médecine du travail, l’infirmier scolaire, le psychologue de l’Éducation nationale, un service universitaire de santé, une association spécialisée ou une assistante sociale.
Vous pouvez aider concrètement en proposant de chercher un contact ensemble, d’accompagner la prise de rendez-vous, de rester présent après l’orientation ou de vérifier que la personne dispose d’un soutien immédiat. L’enjeu est de encourager une personne à consulter un professionnel sans l’humilier, sans l’obliger inutilement et sans lui faire sentir qu’elle est un poids.
En entreprise, un collègue ou un manager ne remplace pas le médecin du travail. Il doit respecter la confidentialité et connaître les dispositifs internes. En milieu scolaire, une situation inquiétante concernant un mineur ne doit pas être gardée pour soi : les adultes responsables et les professionnels compétents doivent être mobilisés.
Exemple : un collègue semble aller mal. Vous pouvez partir d’une observation factuelle, proposer une conversation confidentielle, écouter sans juger, puis suggérer une ressource : médecin du travail, médecin traitant, RH formé ou aide extérieure. Votre rôle reste celui d’un collègue ou d’un manager, pas celui d’un thérapeute.
Ce que les Premiers Secours en Santé Mentale changent concrètement
Selon le cadre porté par PSSM France, les premiers secours en santé mentale correspondent à l’aide apportée à une personne qui développe un trouble de santé mentale, traverse une détérioration de son état ou vit une crise, jusqu’à ce qu’une aide professionnelle soit obtenue ou que la crise se résorbe.
Les Premiers Secours en Santé Mentale ne transforment pas un citoyen en soignant. Le secouriste en santé mentale ne pose pas de diagnostic, ne prescrit pas, ne fait pas de psychothérapie. Il repère, approche, écoute, soutient, informe et facilite l’accès à une aide adaptée.
Déployés en France depuis 2018, les PSSM s’inscrivent dans un objectif de santé publique : améliorer les connaissances en santé mentale, diminuer les préjugés et favoriser une intervention plus précoce. Ils concernent des particuliers, entreprises, établissements scolaires, associations, collectivités ou structures publiques.
Le cadre PSSM s’appuie sur des étapes : approcher, évaluer la situation et le risque, écouter sans jugement, réconforter et informer, encourager vers une aide professionnelle et renseigner sur d’autres ressources. Pour approfondir cette structure sans la confondre avec un protocole thérapeutique, vous pouvez consulter le plan d’action AÉRER®.
Une formation PSSM permet surtout de s’entraîner, de poser des questions, de travailler sur des situations concrètes et d’intégrer les limites du rôle de secouriste.
PSSM, premiers secours psychologiques, thérapie : quelles différences ?
Les PSSM concernent l’aide face à un problème ou une crise de santé mentale, avec un objectif de repérage, de soutien et d’orientation.
Les premiers secours psychologiques sont souvent mobilisés après un événement potentiellement traumatique ou une catastrophe. Ils visent notamment la sécurité, le calme, les besoins immédiats, le lien et l’espoir.
La psychothérapie et les soins relèvent de professionnels qualifiés. Ils impliquent une évaluation clinique, un suivi dans la durée et, si nécessaire, un traitement. Cette distinction protège à la fois la personne aidée et l’aidant.
Les erreurs fréquentes quand on veut aider une personne en souffrance psychique
Beaucoup d’erreurs viennent d’une intention positive : vouloir soulager vite, trouver une solution, rassurer, reprendre le contrôle. Pourtant, certaines réactions peuvent aggraver le sentiment d’isolement.
- Minimiser : « Ça va passer », « Tu dramatises ».
- Moraliser : « Fais un effort », « Pense positif ».
- Comparer : « D’autres vivent pire ».
- Diagnostiquer : « Tu es dépressif », « Tu fais un burn-out ».
- Donner des conseils trop rapides : sport, vacances, méditation, changement de travail.
- Décider à la place de la personne sans son accord.
- Promettre le secret quelles que soient les circonstances.
- Se positionner comme sauveur ou rester seul avec une situation lourde.
En entreprise, les PSSM ne doivent pas devenir un outil de surveillance ou de gestion de performance. En milieu scolaire, une information inquiétante concernant un mineur doit être partagée avec les professionnels et adultes responsables, dans le cadre prévu.
Aider sans s’oublier : les limites de l’aidant
Aider une personne en souffrance psychique peut être émotionnellement exigeant. Vous pouvez être touché, inquiet, frustré ou impuissant. Reconnaître vos limites n’est pas abandonner la personne : c’est rester dans une aide responsable.
Vos limites peuvent être émotionnelles, relationnelles, professionnelles, légales ou liées à vos compétences. Ne devenez pas l’unique soutien. Ne restez pas seul avec une information grave. Demandez conseil à un professionnel ou à une structure compétente lorsque la situation vous dépasse.
Après une conversation difficile, il peut être utile de débriefer avec une personne appropriée, en respectant la confidentialité, de vous reposer ou de consulter si vous êtes vous-même affecté. Vous pouvez aussi apprendre à prendre soin de soi quand on aide quelqu’un, afin de soutenir sans vous épuiser.
Pour les managers, enseignants, agents publics ou bénévoles, le rôle est d’alerter, soutenir et orienter dans un cadre défini. Il ne s’agit pas d’occuper une posture thérapeutique.
Se former aux PSSM : pourquoi lire ne suffit pas toujours
Lire un article peut donner des repères utiles. Mais aider une personne en souffrance psychique demande aussi de la pratique, de l’entraînement et une meilleure connaissance des limites.
Une formation PSSM permet d’identifier plus finement les signes, d’adopter une posture ajustée, de s’exercer à des situations réalistes, de mieux réagir en cas de crise et de connaître les ressources adaptées. Elle aide aussi à réduire la peur de mal faire.
Elle peut être particulièrement pertinente pour les managers, RH, enseignants, éducateurs, agents publics, bénévoles associatifs, proches aidants, soignants non spécialistes en santé mentale et personnes en contact avec du public.
Devenir secouriste en santé mentale ne transforme pas en psychologue, psychiatre ou médecin. Cela permet d’acquérir un cadre structuré pour apporter un premier soutien, puis passer le relais quand c’est nécessaire. Santé Mentale Éducation propose ce travail d’apprentissage dans un cadre animé par une psychologue et formatrice PSSM accréditée, notamment à Épernon et en intra pour certaines organisations.
FAQ
Que dire à une personne en souffrance psychique ?
Dites simplement ce que vous avez remarqué, sans jugement. Exprimez votre inquiétude avec bienveillance, posez une question ouverte et laissez la personne répondre à son rythme. Évitez les conseils rapides et les phrases qui minimisent.
Comment aider quelqu’un qui refuse de parler ?
S’il n’y a pas de danger immédiat, respectez son rythme. Proposez un autre moment, maintenez votre disponibilité et suggérez une ressource extérieure. En cas de risque grave, demandez de l’aide sans rester seul.
Que faire si une personne parle de suicide ?
Prenez toute mention au sérieux. Restez calme, ne promettez pas de garder le secret, et cherchez à savoir s’il existe un danger immédiat. Appelez le 3114, le 15 ou le 112 selon l’urgence.
Les PSSM permettent-ils de soigner une personne ?
Non. Les PSSM servent à repérer, soutenir, écouter et orienter. Ils ne remplacent pas les professionnels de santé mentale, un diagnostic ou une prise en charge.
Qui peut se former aux Premiers Secours en Santé Mentale ?
Toute personne souhaitant mieux aider peut se former : particuliers, professionnels, managers, enseignants, agents publics, bénévoles ou proches. Il n’est pas nécessaire d’être professionnel de santé pour suivre une formation standard.
Conclusion
Aider une personne en souffrance psychique commence par une présence respectueuse : observer les changements, approcher avec tact, écouter sans juger, évaluer la sécurité, orienter vers une aide adaptée et connaître ses limites.
Les PSSM offrent un cadre pour agir avec plus de confiance, sans se substituer aux professionnels. En cas de danger immédiat, appelez les secours. Si vous souhaitez intégrer ces réflexes dans un cadre structuré, la formation PSSM permet d’aller plus loin que la lecture et de s’entraîner de manière accompagnée.
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