Le plan d’action AÉRER® expliqué simplement

Face à un proche, un collègue, un élève ou une personne accompagnée qui va mal psychologiquement, il est fréquent de se sentir démuni. On peut avoir peur de dire ce qu’il ne faut pas, d’être intrusif, ou de ne pas être légitime pour aider.

Le plan d’action AÉRER®, parfois écrit AERER, est une boussole enseignée dans les Premiers Secours en Santé Mentale. Il aide à entrer en relation, écouter, soutenir et orienter une personne en souffrance psychique, sans poser de diagnostic et sans se substituer aux professionnels.

Ici, il ne s’agit pas d’« aérer une pièce » ni de qualité de l’air intérieur : AÉRER® est un acronyme en santé mentale. Il signifie : Approcher, Écouter, Réconforter, Encourager, Renseigner.

Si la personne ou quelqu’un d’autre est en danger immédiat, si un risque vital est présent, ou si la situation vous semble incontrôlable, ne restez pas seul : contactez les services d’urgence adaptés. La méthode AÉRER® ne remplace jamais les secours.

Qu’est-ce que le plan d’action AÉRER® ?

AÉRER® est le plan d’action associé aux formations PSSM en France. PSSM France présente la méthode AÉRER® comme une trame pour aider une personne qui développe un trouble psychique ou traverse une crise.

Ce plan s’inscrit dans la logique du programme international Mental Health First Aid. Il ne s’agit pas d’une technique thérapeutique, mais d’un repère relationnel : comment approcher, écouter, soutenir, informer et encourager une aide adaptée.

La formulation complète utilisée dans le cadre des PSSM est généralement la suivante :

  • A — Approcher la personne, évaluer la situation et assister en cas de crise
  • É — Écouter activement et sans jugement
  • R — Réconforter et informer
  • E — Encourager à aller vers des professionnels
  • R — Renseigner sur les autres ressources disponibles

Certaines sources résument l’acronyme en cinq verbes : Approcher, Écouter, Réconforter, Encourager, Renseigner. Cette version est utile pour mémoriser, mais elle ne doit pas faire oublier l’essentiel : la posture, la sécurité et le respect de la personne.

Pour replacer AÉRER® dans une approche plus large, vous pouvez aussi consulter les principes des PSSM pour aider une personne en souffrance.

Dans quelles situations peut-on utiliser AÉRER® ?

Le plan d’action AÉRER® peut être utile dans des situations très variées. Il ne concerne pas seulement les crises aiguës. Il peut aussi aider lorsqu’une personne semble aller moins bien depuis quelque temps, sans que l’on sache exactement ce qu’elle traverse.

Par exemple, vous pouvez être inquiet pour un collègue qui s’isole, un proche qui verbalise une grande détresse, un étudiant qui paraît très anxieux, ou une personne accompagnée par une association qui semble désorientée. Dans un contexte professionnel, scolaire, familial ou associatif, l’objectif n’est pas de mettre une étiquette sur la personne. Il s’agit plutôt d’ouvrir un espace de soutien.

Certains signes peuvent attirer l’attention, sans constituer à eux seuls un diagnostic : un changement marqué de comportement, un isolement inhabituel, une tristesse intense, une anxiété envahissante, une agitation, une sidération, des propos inquiétants, une consommation problématique ou des difficultés à fonctionner au quotidien.

Ces repères doivent rester prudents. Vous n’êtes pas là pour déterminer si la personne a un trouble. Vous pouvez observer, écouter, proposer un soutien et encourager une orientation si nécessaire.

Avant d’aller parler à la personne

  • L’endroit est-il suffisamment calme ?
  • La personne semble-t-elle en sécurité ?
  • Suis-je moi-même disponible émotionnellement ?
  • Est-ce un moment adapté pour l’aborder ?
  • Ai-je identifié quoi faire en cas de danger immédiat ?
  • Puis-je respecter sa confidentialité, sauf en cas de risque grave ?

Les 5 étapes du plan d’action AÉRER® expliquées simplement

AÉRER® n’est pas une phrase toute faite à appliquer mécaniquement. Les étapes donnent une logique, mais la réalité demande de s’adapter à la personne, au contexte et au niveau d’urgence.

Dans la pratique, l’écoute, le réconfort et l’orientation peuvent se chevaucher. Le plus important est de garder une posture respectueuse : assurer la sécurité, respecter le rythme de la personne, ne pas juger, et orienter vers une aide adaptée lorsque c’est nécessaire.

A : Approcher la personne, évaluer la situation et assister en cas de crise

Approcher, c’est aller vers la personne avec prudence, bienveillance et respect. Si possible, choisissez un lieu calme, avec un minimum de confidentialité, sans public inutile autour. L’idée n’est pas de forcer la discussion, mais de créer une possibilité de contact.

Vous pouvez demander l’accord de façon simple : « Est-ce que tu veux qu’on parle un moment ? » ou « Est-ce que je peux rester avec toi ? » La personne peut accepter, refuser, ou ne pas être prête tout de suite. Ce refus ne signifie pas forcément que votre démarche est inutile.

Cette première étape comprend aussi une évaluation de la sécurité. La personne est-elle en danger ? Y a-t-il un risque pour elle-même ou pour autrui ? La situation nécessite-t-elle une aide immédiate ? En cas de danger grave, il ne faut pas rester seul ni chercher à tout gérer par la discussion.

É : Écouter activement et sans jugement

L’écoute vient avant le conseil. Lorsqu’une personne souffre, elle n’a pas toujours besoin qu’on lui donne immédiatement une solution. Elle a souvent besoin d’être entendue, sans être interrompue, corrigée ou minimisée.

Écouter activement, c’est laisser de la place à la parole, montrer que l’on est présent, reformuler avec prudence et accueillir l’émotion. Cela peut aussi vouloir dire tolérer un silence, sans chercher à le remplir trop vite.

Le non-jugement est central. Évitez de moraliser, de comparer avec votre propre expérience ou de chercher à convaincre immédiatement. Si vous souhaitez approfondir cette posture, vous pouvez lire des repères complémentaires pour écouter activement une personne en souffrance.

Erreur fréquente : vouloir rassurer trop vite

Dire « ne t’inquiète pas » ou « ça va aller » part souvent d’une bonne intention. Pourtant, ces phrases peuvent parfois donner à la personne l’impression que sa souffrance n’est pas vraiment entendue. Avant de rassurer, il est souvent plus aidant d’écouter, de reconnaître la difficulté et de ne pas minimiser ce qui est vécu.

R : Réconforter et informer

Réconforter ne veut pas dire promettre que tout va s’arranger rapidement. Cela signifie reconnaître la souffrance de la personne, lui rappeler qu’elle n’est pas seule et lui transmettre des informations simples, fiables et non culpabilisantes.

Vous pouvez faire passer plusieurs messages importants : les difficultés psychiques peuvent concerner beaucoup de personnes, une aide existe, demander de l’aide n’est pas un échec, et une personne ne se résume jamais à ce qu’elle traverse.

Il est préférable d’éviter les phrases comme « ce n’est pas si grave », « il suffit de te changer les idées » ou « tu devrais te secouer ». Pour aller plus loin sur cette étape délicate, l’enjeu est de rassurer sans minimiser la souffrance.

Informer demande aussi du tact. Une personne très bouleversée ne pourra pas forcément recevoir beaucoup d’informations à la fois. Mieux vaut rester simple, concret et ajusté à son état du moment.

E : Encourager à aller vers des professionnels

Encourager une aide professionnelle ne signifie pas imposer une consultation. Le rôle d’un aidant ou d’un secouriste en santé mentale est d’ouvrir une possibilité, de faciliter une première étape, et de respecter l’autonomie de la personne tant qu’il n’y a pas de danger immédiat.

Selon la situation, l’aide professionnelle peut prendre plusieurs formes : médecin traitant, psychologue, psychiatre, centre médico-psychologique, service de santé au travail, urgences si nécessaire, ou dispositifs d’écoute spécialisés.

Vous pouvez proposer de chercher une information avec la personne, l’aider à identifier une ressource, ou lui demander si elle souhaite être accompagnée dans une démarche. L’important est de encourager une personne à consulter un professionnel sans décider à sa place.

R : Renseigner sur les autres ressources disponibles

Renseigner consiste à élargir le champ des soutiens possibles. Les ressources peuvent être formelles ou informelles : proches de confiance, associations, lignes d’écoute, dispositifs locaux, structures universitaires ou scolaires, service RH ou référent santé au travail dans un contexte professionnel.

Ces ressources varient selon l’âge, le territoire, l’urgence, le contexte et les besoins de la personne. Elles doivent être choisies avec prudence. Une ressource informelle peut soutenir, mais elle ne remplace pas des soins lorsque ceux-ci sont nécessaires.

Comprendre les cinq étapes est une première approche. Les appliquer avec justesse demande souvent de l’entraînement, notamment lorsqu’une situation est confuse, intense ou émotionnellement éprouvante.

Ce qu’AÉRER® permet de faire… et ce qu’il ne permet pas de faire

AÉRER® permet de créer un premier contact, d’accueillir la parole, de réduire l’isolement, de soutenir sans jugement, d’encourager une aide adaptée et d’orienter vers des ressources.

En revanche, AÉRER® ne permet pas de poser un diagnostic, de remplacer une consultation, de faire une psychothérapie, de garantir que la personne ira mieux immédiatement, ni de gérer seul une situation de danger grave.

Cette limite est essentielle. Un secouriste en santé mentale peut repérer une difficulté possible, écouter, soutenir, informer et orienter. Il ne prescrit pas, ne diagnostique pas et ne se substitue pas à un professionnel de santé.

Ressources en cas d’urgence en France

  • 15 ou 112 : urgence médicale
  • 3114 : numéro national de prévention du suicide, avec des informations disponibles sur le site 3114
  • 18 : pompiers
  • 17 : police ou gendarmerie en cas de danger immédiat ou de violence

Si la personne ou quelqu’un d’autre est en danger immédiat, ne restez pas seul et appelez les secours.

Pour mieux distinguer une situation préoccupante d’une situation urgente, vous pouvez consulter les repères sur quand appeler les secours face à une crise psychique.

Les erreurs fréquentes quand on veut aider une personne en souffrance

Vouloir aider part généralement d’une intention positive. Pourtant, certaines réactions spontanées peuvent fermer le dialogue ou renforcer le sentiment d’isolement.

Parmi les erreurs fréquentes, on retrouve le fait de minimiser : « ce n’est pas si grave ». Comparer : « moi aussi j’ai vécu pire ». Moraliser : « tu devrais te secouer ». Diagnostiquer : « tu fais une dépression ». Ou encore donner trop vite des solutions, interrompre, ramener la conversation à soi, ou promettre un secret absolu alors que la sécurité pourrait être en jeu.

Une autre difficulté consiste à attendre que la situation devienne critique avant d’agir, ou au contraire à vouloir imposer une aide sans tenir compte du rythme de la personne. Il peut aussi arriver de rester seul avec une situation qui dépasse ses ressources.

À faire

  • Choisir un cadre calme.
  • Écouter avant de conseiller.
  • Poser des questions ouvertes.
  • Respecter le rythme de la personne.
  • Orienter vers une aide adaptée.
  • Demander du soutien si la situation dépasse vos compétences.

À éviter

  • Juger ou moraliser.
  • Minimiser la souffrance.
  • Poser un diagnostic.
  • Promettre le secret absolu si la sécurité est en jeu.
  • Rester seul face à une crise.
  • Donner des conseils médicaux.

Ces maladresses ne font pas de vous une mauvaise personne. Elles montrent surtout que soutenir quelqu’un en souffrance demande des repères et de la pratique.

Un exemple simple pour comprendre la logique AÉRER®

Imaginons une situation volontairement simple. Depuis plusieurs semaines, une collègue semble très fatiguée, s’isole davantage et réagit plus vivement que d’habitude. Vous êtes inquiet, sans savoir ce qu’elle vit.

Avec la logique AÉRER®, vous pourriez d’abord approcher en proposant un moment calme : pas devant toute l’équipe, pas entre deux portes. Vous vérifiez aussi que la situation ne présente pas de danger immédiat.

Si elle accepte de parler, vous écoutez sans chercher à résoudre trop vite. Vous la laissez expliquer ce qu’elle souhaite partager. Vous pouvez ensuite réconforter en reconnaissant que ce qu’elle traverse semble difficile, sans banaliser.

Si cela paraît adapté, vous pouvez encourager l’idée d’en parler à un professionnel : médecin traitant, service de santé au travail, psychologue ou autre ressource selon le contexte. Enfin, vous pouvez renseigner sur des aides disponibles, en restant simple et fiable.

Cet exemple est simplifié. Dans certaines situations, les choses sont moins linéaires. La personne peut refuser, changer de sujet, être très émue, ou nécessiter une aide plus urgente.

Pourquoi se former aux Premiers Secours en Santé Mentale si l’on connaît déjà AÉRER® ?

Connaître l’acronyme AÉRER® est utile, mais cela ne suffit pas toujours à se sentir capable d’agir avec justesse. Entre comprendre une méthode et l’utiliser dans une situation réelle, il y a souvent un écart.

La formation Premiers Secours en Santé Mentale permet d’aller plus loin : pratiquer, poser des questions, travailler sa posture, mieux comprendre différentes situations, distinguer souffrance, crise et trouble émergent, et connaître les limites du rôle de secouriste.

Elle peut concerner des particuliers, des managers, des équipes RH, des enseignants, des personnels éducatifs, des associations, des collectivités ou des professionnels en contact avec du public.

Se former ne transforme pas en psychologue, psychiatre ou soignant. Cela apprend à mieux repérer, écouter, soutenir et orienter, dans un cadre clair. Pour une organisation, cela peut aussi participer à une culture de prévention, à condition de ne pas remplacer les dispositifs de santé, de sécurité et de soutien existants.

Santé Mentale Éducation propose des formations PSSM animées par une psychologue et formatrice accréditée. Les sessions individuelles sont organisées dans le centre d’Épernon, en Eure-et-Loir. Des formations intra peuvent également être mises en place pour des entreprises ou structures publiques situées en Eure-et-Loir ou en Île-de-France.

FAQ sur le plan d’action AÉRER®

Que signifie AÉRER® en Premiers Secours en Santé Mentale ?

AÉRER® signifie : Approcher la personne, Écouter activement et sans jugement, Réconforter et informer, Encourager à aller vers des professionnels, Renseigner sur les autres ressources disponibles. C’est le plan d’action enseigné dans le cadre des formations PSSM.

Quelle est la différence entre AERER et AÉRER® ?

Les deux écritures sont souvent utilisées en ligne. L’écriture accentuée AÉRER® permet de mieux lire l’acronyme en français. Dans les deux cas, il s’agit du même repère de premiers secours en santé mentale.

Faut-il suivre les étapes AÉRER® dans l’ordre ?

L’ordre donne une logique utile : entrer en lien, écouter, soutenir, orienter. Dans la réalité, certaines étapes peuvent se chevaucher. La sécurité et l’évaluation du danger restent toujours prioritaires.

Peut-on utiliser AÉRER® sans être formé aux PSSM ?

Connaître les grands principes peut aider à adopter une posture plus ajustée. Mais lire un article ne remplace pas une formation. La formation permet de pratiquer, de mieux comprendre les limites du rôle d’aide et de travailler des situations plus complexes.

Que faire si la personne refuse de l’aide ?

Si elle n’est pas en danger immédiat, il est important de respecter son rythme, de maintenir une présence ouverte et de proposer d’en reparler plus tard. Vous pouvez aussi suggérer doucement des ressources. En cas de danger grave ou immédiat, il faut solliciter une aide urgente adaptée.

À retenir sur le plan d’action AÉRER®

AÉRER® est une boussole simple, mais exigeante dans la posture :

  • Approcher avec respect et évaluer la sécurité.
  • Écouter activement et sans jugement.
  • Réconforter sans minimiser.
  • Encourager une aide professionnelle adaptée.
  • Renseigner sur des ressources fiables.

Cette méthode aide à créer un premier soutien, mais elle ne remplace ni les soins, ni les professionnels, ni les secours en cas d’urgence. Pour s’approprier réellement AÉRER®, gagner en confiance et savoir l’utiliser dans des situations variées, la formation PSSM reste le cadre le plus adapté.

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